{"id":480,"date":"2020-09-18T14:53:34","date_gmt":"2020-09-18T12:53:34","guid":{"rendered":"http:\/\/sportagogie.com\/?p=480"},"modified":"2021-02-18T14:59:03","modified_gmt":"2021-02-18T13:59:03","slug":"fragmentation-des-identites-sociales-dans-les-organisations-du-sport","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sportagogie.com\/index.php\/2020\/09\/18\/fragmentation-des-identites-sociales-dans-les-organisations-du-sport\/","title":{"rendered":"Fragmentation des identit\u00e9s sociales dans les organisations du sport"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><a>Le sport et l\u2019individu hypermoderne<\/a><\/h1>\n\n\n\n<p>Sommaire<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757040\"><strong>Fragmentation des identit\u00e9s sociales dans les organisations du sport<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757041\">Le sport et l\u2019individu hypermoderne<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757042\">1.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Avant-propos<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757043\">2.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 De la post modernit\u00e9 \u00e0 l\u2019hypermodernit\u00e9\u00a0: Les mutations<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757044\">Le progr\u00e8s pour tous n\u2019est pas au rendez-vous\u00a0!<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757045\">3.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un \u00e9gocentrisme social<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757046\">4.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019individu hypermoderne et le management<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757047\">5.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019individu hypermoderne et l\u2019entrepreneuriat<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757048\">6.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019individu hypermoderne et la communication<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757049\">Le sens des priorit\u00e9s est invers\u00e9\u00a0!<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757050\">7.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les illusions lib\u00e9rales et le pouvoir social<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757051\">8.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Critiques de l\u2019individu hypermoderne<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757052\">De qui a-t-on peur ?<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757053\">9.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Conclusion<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757054\">10.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bibliographie \u2013 Ouvrages cit\u00e9s<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a>1.\u00a0\u00a0\u00a0 <u>Avant-propos<\/u><\/a><\/h2>\n\n\n\n<p>Notre monde conna\u00eet des transformations in\u00e9dites. Si dans un contexte marqu\u00e9 par ce que les sociologues appellent l\u2019hypermodernit\u00e9, mais aussi par l\u2019av\u00e8nement de la virtualit\u00e9 et de l\u2019importance que rev\u00eat la notion de plaisir, qu\u2019en est-il de l\u2019individu ?<\/p>\n\n\n\n<p>Je partirai d\u2019abord d\u2019un constat ou plut\u00f4t d\u2019une forme de diagnostic : <strong>qu\u2019en est-il de notre monde contemporain et l\u2019environnement du sport en particulier ? <\/strong>Ensuite je m\u2019attarderai sur ce qui peut appara\u00eetre comme r\u00e9v\u00e9lateur&nbsp;: les mutations de l\u2019individu hypermoderne, un \u00e9gocentrisme social, l\u2019hypermodernit\u00e9 et le management, l\u2019individu et l\u2019entrepreneuriat, la communication \u00e0 l\u2019\u00e8re de l\u2019hypermodernit\u00e9, les critiques de l\u2019individu hypermoderne et leurs cons\u00e9quences sur les acteurs op\u00e9rant dans le monde sportif.<\/p>\n\n\n\n<p>Les successions de crises \u00e9conomiques, sociales et sanitaires majeures contribuent \u00e0 des mutations qui mettent en lumi\u00e8re la construction identitaire de l\u2019individu hypermoderne. L\u2019individu, sportif, spectateur, fan ou supporter, salari\u00e9 dans une organisation li\u00e9e aux activit\u00e9s sportives est pass\u00e9 ma\u00eetre de sa vie, il doit avoir de la <strong>r\u00e9flexivit\u00e9<\/strong>. La r\u00e9flexivit\u00e9 est le fait d\u2019\u00eatre en regard de soi-m\u00eame, de s\u2019analyser, d\u2019op\u00e9rer des choix et de prendre des d\u00e9cisions. La r\u00e9flexivit\u00e9 est un moment de l\u2019individu moderne, qui marque une rupture importante. Une valeur nouvelle appara\u00eet, qui est que l\u2019<strong>identit\u00e9 de sens <\/strong>est d\u00e9sormais une condition de l\u2019action dans un environnement sportif. Cette nouvelle donne redessine tout l\u2019environnement des in\u00e9galit\u00e9s sociales et de l\u2019\u00e9thique sportive. Avant, les structures sociales des organisations du sport portaient les individus et leur permettaient d\u2019agir. Ils r\u00e9fl\u00e9chissaient&nbsp;; mais pour savoir s\u2019ils avaient bien appliqu\u00e9 les r\u00e8gles, ils attendaient les interpellations de l\u2019organisation. Aujourd\u2019hui, cela passe par la subjectivit\u00e9 des individus, qui doivent construire les pr\u00e9alables requis qui leur permettent d\u2019agir.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme la nouvelle donne de l\u2019individu passe par la subjectivit\u00e9 et par la comparaison de chacun avec les autres, les acteurs du sport sont toujours menac\u00e9s par une perte d\u2019estime de soi. Il leur faut toujours se battre pour la <strong>reconnaissance<\/strong>, sur fond d\u2019\u00e9puisement moral. Les in\u00e9galit\u00e9s sociales ne sont pas mortes, elles sont m\u00eame sociologiquement beaucoup plus intol\u00e9rables qu\u2019autrefois, mais elles n\u2019ont plus la m\u00eame forme, elles passent d\u00e9sormais par les individus dans les organisations du sport.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs ph\u00e9nom\u00e8nes r\u00e9cents et importants illustrent cette tendance. L\u2019\u00e9conomie du sport s\u2019est \u00ab <em>globalis\u00e9e<\/em> \u00bb et envahit toutes les sph\u00e8res de l\u2019activit\u00e9. Le temps se r\u00e9tr\u00e9cit en instaurant un r\u00e9gime d&rsquo;urgence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Les dimensions collectives de l&rsquo;existence se fragilisent et s&rsquo;att\u00e9nuent, accentuant la libert\u00e9 des individus, en m\u00eame temps que leur responsabilit\u00e9 dans la conduite de leur vie professionnelle et personnelle. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;interroger les cons\u00e9quences de ce nouveau contexte, sur la dimension individuelle de l&rsquo;existence.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le domaine du travail, dans les organisations, le <em>\u00ab clair et net<\/em> \u00bb qui \u00e9tait recherch\u00e9, n\u2019est plus suffisant, c&rsquo;est d\u00e9sormais la \u00ab <em>transparence<\/em> \u00bb qui est obligatoire, l\u00e0 o\u00f9 la rapidit\u00e9 d&rsquo;ex\u00e9cution \u00e9tait attendue, c&rsquo;est l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9 qui est exig\u00e9e. L&rsquo;hypermodernit\u00e9 exige de chaque individu que toute sa personne soit mobilis\u00e9e au profit des organisations du sport pour r\u00e9aliser ce qu&rsquo;on attend de lui.<\/p>\n\n\n\n<p>La logique du march\u00e9, de la comp\u00e9tition et de l&rsquo;instantan\u00e9it\u00e9 des nouveaux moyens de communication contribue \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation des notions d&rsquo;urgence et d&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9. On voit ainsi appara\u00eetre des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00ab <em>d\u2019hyperfonctionnement<\/em> \u00bb o\u00f9 l&rsquo;individu, sollicit\u00e9 en permanence, est d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 du sens de son activit\u00e9 &#8211; qu&rsquo;\u00e0 vrai dire il ne recherche m\u00eame plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Vincent de Gaulejac g\u00e9n\u00e9ralise le propos en pointant les \u00ab <em>injonctions paradoxales<\/em> \u00bb de l\u2019individu hypermoderne&nbsp;: \u00ab <em>Il <\/em><em>doit se pr\u00e9senter comme un \u00eatre libre, responsable, cr\u00e9atif et en m\u00eame temps se couler dans des mod\u00e8les de performance tr\u00e8s strictes<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Robert Castel rappelle, lui, que chacun n&rsquo;est pas \u00e9galement apte \u00e0 \u00eatre un individu hypermoderne, car cela suppose un certain nombre de \u00ab <em>propri\u00e9t\u00e9s<\/em> \u00bb, mat\u00e9rielles et sociales, in\u00e9galement distribu\u00e9es dans la soci\u00e9t\u00e9. Certains ne sont donc individus, et <em>a fortiori<\/em> hypermodernes, que \u00ab <em>par d\u00e9faut<\/em> \u00bb, car il faut un p\u00e9rim\u00e8tre social suffisant pour \u00ab <em>rentrer dans les aventures de la subjectivit\u00e9 <\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a>2.\u00a0\u00a0\u00a0 <u>De la post modernit\u00e9 \u00e0 l\u2019hypermodernit\u00e9 : Les mutations<\/u><\/a><\/h2>\n\n\n\n<p>De la financiarisation de l\u2019\u00e9conomie aux transactions financi\u00e8res, toute l\u2019\u00e9tendue de la finance met au premier plan de l\u2019\u00e9conomie, non plus la production, mais la consommation et l\u2019innovation. <em>\u00ab La destruction cr\u00e9atrice<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, pour reprendre la formule de l\u2019\u00e9conomiste Joseph Schumpeter, pose la question du financement de ses principaux acteurs, les actionnaires, les propri\u00e9taires, les organisations du sport, les m\u00e9nages et les institutions sportives. Ce financement devient une finalit\u00e9 obsessionnelle. Il faut le faciliter par tous les moyens, y compris en recourant \u00e0 l\u2019inflation financi\u00e8re. De la \u00ab&nbsp;<em>destruction cr\u00e9atrice<\/em> \u00bb, on passe \u00e0 \u00ab&nbsp;<em>l\u2019innovation destructrice<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>, au sens de Luc Ferry, qui porte un coup \u00e0 la d\u00e9liquescence de la culture, \u00e0 l\u2019\u00e9ducation devenue marchande, \u00e0 la destruction des emplois, \u00e0 la pr\u00e9carisation des acteurs du sport, \u00e0 la dissolution des supports sociaux et \u00e0 l\u2019effondrement des conditions de vie environnementales.<\/p>\n\n\n\n<p>Longtemps pr\u00e9sent\u00e9 par ses promoteurs comme le seul syst\u00e8me conforme aux \u00ab <em>lois naturelles<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> de l\u2019\u00e9conomie, c\u2019est-\u00e0-dire du march\u00e9, et donc non marqu\u00e9 par une id\u00e9ologie, le capitalisme semble aujourd\u2019hui de plus en plus fortement remis en question en tant que derni\u00e8re religion temporelle. Si le capitalisme prend plusieurs formes depuis son av\u00e8nement au XVIII\u00e8me si\u00e8cle, il se caract\u00e9rise par un trait fondamental qui reste constant au fil du temps&nbsp;: <strong>l\u2019accumulation permanente de capital et la recherche non moins permanente de profit<\/strong>. Celui-ci implique que la plus grande part des profits ne soit pas consomm\u00e9e pour l\u2019usage personnel mais accumul\u00e9e sous forme d\u2019\u00e9pargne, puis r\u00e9investie dans l\u2019organisation afin de permettre l\u2019accroissement des moyens de production. <em>\u00ab C\u2019est la remise en jeu perp\u00e9tuelle du capital dans le circuit \u00e9conomique dans le but d\u2019en tirer profit, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019accro\u00eetre le capital qui sera \u00e0 son tour r\u00e9investi, qui est la marque premi\u00e8re du capitalisme \u00bb, <\/em>soulignent Luc Boltanski et \u00c8ve Chiapello, dans \u00ab Le nouvel esprit du capitalisme&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Appliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019environnement du sport, existe un paradoxe existentiel dans la mesure o\u00f9 ces activit\u00e9s se d\u00e9roulent dans un environnement ultralib\u00e9ral, et simultan\u00e9ment ne produisent pas (ou seulement par des op\u00e9rations exceptionnelles) de profits accumul\u00e9s suffisants &#8211;&nbsp; profits qui sont les marques premi\u00e8res des actionnaires. Ce d\u00e9ficit de profits remet en question le devenir de ce mod\u00e8le \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p>En miroir, l\u2019id\u00e9ologie communiste s\u2019\u00e9puise et s\u2019effondre avec le Mur de Berlin le 9 novembre 1989. C\u2019est l\u2019implosion de l\u2019Union sovi\u00e9tique en d\u00e9cembre 1991, avec une onde de choc qui \u00e9branle les partis communistes des pays occidentaux, d\u00e9truisant les d\u00e9fenseurs historiques des classes ouvri\u00e8res et populaires. C\u2019est surtout la fin du discours communiste qui a mobilis\u00e9 tant de g\u00e9n\u00e9rations de militants qui revendiquaient une humanit\u00e9 plus juste et plus fraternelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Par cons\u00e9quent, c\u2019est la fin des <em>\u00ab grands r\u00e9cits <\/em>\u00bb, \u00e9nonc\u00e9 par Jean\u2011Fran\u00e7ois Lyotard dans \u00ab&nbsp;La Condition postmoderne&nbsp;<em>\u00bb<a href=\"#_ftn7\"><sup><strong><sup>[7]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a>, <\/em>qui engageune remise en question des pens\u00e9es \u00ab&nbsp;<em>totalisante<\/em>s&nbsp;\u00bb, qui affirme son \u00ab\u2009<em>incr\u00e9dulit\u00e9<\/em>\u2009\u00bb face aux \u00ab\u2009<em>grands r\u00e9cits<\/em>\u2009\u00bb de la modernit\u00e9. \u00c0 commencer par ceux qui, depuis les Lumi\u00e8res, font de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 un long chemin vers l\u2019\u00e9mancipation, port\u00e9e par l\u2019esprit moderne, la science, la politique et les arts, qui se mesurent \u00e0 leur contribution au progr\u00e8s social. La postmodernit\u00e9 constate l\u2019\u00e9clatement des doctrines, des grandes causes en Europe, des grands dispositifs institutionnels qui ont fond\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 moderne et industrielle et sont d\u00e9finitivement d\u00e9l\u00e9gitim\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Le progr\u00e8s pour tous n\u2019est pas au rendez-vous&nbsp;!<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 peine commencions-nous \u00e0 nous sentir postmodernes et \u00e0 nous conforter dans cette id\u00e9e que je vous propose de remettre en question cet acquis en vous affirmant que cette \u00e9poque est r\u00e9volue et qu\u2019il vous faut tenir compte du r\u00e8gne actuel de l\u2019hypermodernit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore faudrait-il voir une vraie rupture avec la modernit\u00e9 ? La lib\u00e9ration et la valorisation de l\u2019individu, qui se mettent en place au XVIIe si\u00e8cle sous la forme du contrat social, \u00e9labor\u00e9e pour la premi\u00e8re fois par Hobbes dans \u00ab&nbsp;Le L\u00e9viathan&nbsp;\u00bb, \u00e9nonce pour les individus le renoncement \u00e0 leur droit naturel sur toute chose afin d\u2019acqu\u00e9rir en retour des droits sociaux et une s\u00e9curit\u00e9 juridique qu\u2019ils ne poss\u00e9daient pas dans l\u2019\u00e9tat de nature. La valorisation de la d\u00e9mocratie comme seul syst\u00e8me politique viable, permet de combiner <strong>libert\u00e9 individuelle<\/strong> et <strong>s\u00e9curit\u00e9 collective<\/strong>. Le march\u00e9, promu comme syst\u00e8me \u00e9conomique r\u00e9gulateur est par\u00e9 de toutes les vertus puisqu\u2019il contribue \u00e0 la paix entre les nations et \u00e0 la richesse tant individuelle que collective. Le d\u00e9veloppement techno-scientifique est con\u00e7u comme une panac\u00e9e au labeur difficile des \u00eatres humains et comme garantie de la sant\u00e9 des populations.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Or, ces principes sont toujours au centre de nos pr\u00e9occupations et ils ne sont en rien d\u00e9l\u00e9gitim\u00e9s. Le march\u00e9 et la technoscience, fortement critiqu\u00e9s par d\u00e9fiance \u00e0 leur \u00e9gard, ne laissent appara\u00eetre aucun mod\u00e8le alternatif au plan \u00e9conomique qui ne semble cr\u00e9dible. Finalement, on ne pense plus qu\u2019\u00e0 transformer la modernit\u00e9, qu\u2019\u00e0 la rationaliser davantage en approfondissant ses fondements.<\/p>\n\n\n\n<p>Et <strong>nous entrons dans l\u2019\u00e8re de l\u2019hypermodernit\u00e9, d\u00e9finie comme \u00e9tant une modernit\u00e9 sans illusion, une modernit\u00e9 radicale<\/strong> caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019exacerbation et l\u2019intensification de la logique moderne, permettant le d\u00e9veloppement de march\u00e9 globalis\u00e9, dans lequel l\u2019innovation num\u00e9rique remet en question toutes les formes de relations sociales.<\/p>\n\n\n\n<p>Il suffit de regarder et d\u2019analyser les \u00e9volutions dans les organisations du sport, la production des spectacles sportifs, les modalit\u00e9s de fonctionnement des institutions nationales et internationales qui r\u00e9gissent le sport, les formes de relations sociales mises en \u0153uvre, pour comprendre que l\u2019ensemble des acteurs agissant dans l\u2019environnement du sport ont int\u00e9gr\u00e9 toutes les caract\u00e9ristiques de l\u2019hypermodernit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques signes me laissent \u00e0 penser que cette \u00e9volution signifie plus qu\u2019un simple changement d\u2019\u00e9poque, comme si cette \u00e9poque \u00e9tait r\u00e9volue.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tat d\u2019esprit s\u2019est modifi\u00e9 dans le monde intellectuel, la critique de la notion de postmodernit\u00e9 ne cesse de faire de nouveaux adeptes, port\u00e9 par l\u2019apparition de nouveaux concepts comme l\u2019ultra modernit\u00e9, ou bien encore l\u2019hypermodernit\u00e9. R\u00e9v\u00e9lateur, comme la multiplication des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements dont \u00ab&nbsp;<em>l\u2019hyper<\/em> \u00bb est le d\u00e9nominateur commun, <em>hyper<\/em>-capitalisme, <em>hyper<\/em>classe, <em>hyper<\/em>terrorisme, <em>hyper<\/em>puissance, <em>hyper<\/em>-individualisme, <em>hyper<\/em>march\u00e9, <em>hyper<\/em>consommation, <em>hyper<\/em>production, <em>hyper<\/em>activit\u00e9, <em>hyper<\/em>lien, <em>hype<\/em>rtexte, qu\u2019est-ce qui n\u2019est plus \u201chyper\u201d&nbsp;? D\u00e8s lors, je peux parler d\u2019hypermodernit\u00e9 au sens de Gilles Lipovetsky, dans \u00ab&nbsp; Les temps hypermodernes&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn8\">[8]<\/a> en 2004&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;qu\u2019est-ce qui ne r\u00e9v\u00e8le plus une modernit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e \u00e0 la puissance&nbsp; superlative ? Loin&nbsp; qu\u2019il&nbsp; y&nbsp; ait&nbsp; d\u00e9c\u00e8s&nbsp; de&nbsp; la&nbsp; modernit\u00e9,&nbsp; on&nbsp; assiste&nbsp; \u00e0&nbsp; son parach\u00e8vement, se&nbsp; concr\u00e9tisant&nbsp; dans&nbsp; le&nbsp; lib\u00e9ralisme&nbsp; mondialis\u00e9,&nbsp; la&nbsp; commercialisation&nbsp; quasi g\u00e9n\u00e9rale&nbsp; des&nbsp;&nbsp; modes&nbsp; de&nbsp;&nbsp; vie, l\u2019exploitation&nbsp; de&nbsp;&nbsp; la&nbsp;&nbsp; raison&nbsp; instrumentale,&nbsp;&nbsp; une individualisation&nbsp;&nbsp; galopante<\/em> \u00bb.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je ferai le choix d\u2019envisager les mutations de l\u2019individu sous l\u2019angle du changement affectant les rapports interrelationnels.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le rapport \u00e0 soi, l\u2019important aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019<strong>authenticit\u00e9<\/strong>, qui se d\u00e9cline selon deux modalit\u00e9s distinctes. Tout d\u2019abord, <strong>le recours \u00e0 l\u2019\u00e9motion<\/strong> devient le registre l\u00e9gitime de reconnaissance et de cons\u00e9cration de soi en public. Ensuite, la <strong>sup\u00e9riorit\u00e9 du v\u00e9cu<\/strong>, sous la forme de l\u2019exp\u00e9rience personnelle ou du t\u00e9moignage, est de plus en plus mobilis\u00e9e. Ainsi, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, \u00e0 la radio ou lors des grands-messes sportives ou sociales, les individus se mettent en sc\u00e8ne, en t\u00e9moignant selon le registre \u00e9motionnel.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces t\u00e9moignages peuvent s\u2019analyser comme une \u00ab <em>immense accumulation de spectacles <\/em>\u00bb, nous rappelle Guy Debord, dans \u00ab La soci\u00e9t\u00e9 du spectacle \u00bb<a href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>, d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019intervenir en public, d\u2019exposer une id\u00e9e, une conviction, de manifester un engagement traduisant l\u2019\u00e8re des auto-r\u00e9cits.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019arriv\u00e9e des nouvelles technologies est venue interrompre l\u2019\u0153uvre de nos propres cultures. Les grands r\u00e9cits historiques, charg\u00e9s de sens, d\u2019identit\u00e9s, de savoirs, ont cess\u00e9 de se raconter, de s\u2019\u00e9crire, transformant tout notre mod\u00e8le culturel.<\/p>\n\n\n\n<p>Simultan\u00e9ment, l\u2019information se r\u00e9pand partout, en un instant. Mais cette information confuse et imm\u00e9diate qui se propage en un clic, non plus dans un contexte local pr\u00e9cis, dans un mod\u00e8le culturel particulier, mais sur l\u2019ensemble de la plan\u00e8te, vient heurter les cultures traditionnelles. Et cette information, authentique ou fictive, est celle de l\u2019instant, chass\u00e9e par de nouvelles plus spectaculaires. L\u2019avis de Jean-Fran\u00e7ois Lyotard, dans \u00ab&nbsp;L\u2019Inhumain&nbsp;\u00bb, est sans concession : \u00ab <em>Cette accessibilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e offerte par les nouveaux biens culturels, il ne semble gu\u00e8re qu\u2019elle soit \u00e0 proprement parler un progr\u00e8s. La p\u00e9n\u00e9tration de l\u2019appareil techno-scientifique dans le champ culturel ne signifie nullement que connaissance, sensibilit\u00e9, tol\u00e9rance, libert\u00e9 s\u2019en trouvent accrues dans les esprits. \u00c0 renforcer cet appareil, on n\u2019\u00e9mancipe pas&nbsp; l\u2019esprit. Nous&nbsp; faisons plut\u00f4t l\u2019exp\u00e9rience inverse : barbarie nouvelle, n\u00e9o-alphab\u00e9tisme et appauvrissement du langage, nouvelle pauvret\u00e9, impitoyable remodelage de l\u2019opinion par les m\u00e9dias, un esprit vou\u00e9 \u00e0 la mis\u00e8re, une \u00e2me \u00e0 la d\u00e9su\u00e9tude<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un tel environnement, l\u2019esprit \u00e9prouve de plus en plus de difficult\u00e9 \u00e0 penser par lui-m\u00eame. Et l\u2019exc\u00e8s d\u2019informations, non seulement peut nous conduire \u00e0 la d\u00e9sinformation, mais il nous plonge aussi dans une forme nouvelle d\u2019analphab\u00e9tisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Auparavant, le rapport aux autres \u00e9tait communautaire et id\u00e9ologique. Des visions du monde distinctes \u00e9taient port\u00e9es par des groupes identifiables. L\u2019affrontement \u00e9tait politique au nom d\u2019id\u00e9ologies. Aujourd\u2019hui, le rapport aux autres est devenu prioritairement individualiste et pragmatique. Le terme individualiste, ne porte pas de jugement de valeur&nbsp;: il s\u2019agit de signifier que notre modernit\u00e9 consacre un \u00e9tat d\u2019esprit d\u2019individus \u00e9gaux et libres, contrairement \u00e0 l\u2019esprit des soci\u00e9t\u00e9s anciennes o\u00f9 r\u00e9gnait une conception fonci\u00e8rement in\u00e9galitaire et hi\u00e9rarchique du lien entre les hommes. Ce rapport aux autres vient donc bouleverser les modalit\u00e9s de l\u2019engagement dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s trois r\u00e9volutions industrielles, l&rsquo;homme occidental, dans son rapport aux choses a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 un producteur. Par la suite, le statut de consommateur s\u2019impose, l\u2019individu prend rapidement l\u2019habitude de fr\u00e9quenter r\u00e9guli\u00e8rement les nombreux hypermarch\u00e9s. Ce qui importe, comme nouvelle source cr\u00e9ative de relation sociale, n\u2019est plus tant de produire, mais de consommer pour exister socialement et faire tourner la machine \u00e9conomique, croissance oblige.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, \u00ab <em>consommer le monde<\/em> \u00bb revient \u00e0 avoir un rapport utilitariste aux choses. L\u2019utilitarisme est une doctrine, une philosophie repr\u00e9sent\u00e9e notamment par les philosophes anglais Jeremy Bentham (1748-1832) et John Stuart Mill (1806-1873) qui repose sur l\u2019id\u00e9e que \u00ab <em>le but de la soci\u00e9t\u00e9 doit \u00eatre le plus grand bonheur pour le plus grand nombre, con\u00e7u comme la somme des plaisirs de chacun<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>. Sur le plan moral, l\u2019utilitarisme consid\u00e8re que la valeur morale d\u2019une action est d\u00e9termin\u00e9e uniquement par sa contribution \u00e0 l\u2019utilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. Premi\u00e8rement, cette conception morale est cons\u00e9quentialiste, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle \u00e9value une action uniquement en fonction de ses cons\u00e9quences, ce qui la distingue notamment de nombreuses conceptions de type moraliste, pour lesquelles la conduite doit \u00eatre \u00e9valu\u00e9e en elle-m\u00eame, ind\u00e9pendamment de ses cons\u00e9quences. La doctrine de l\u2019utilitarisme est maximaliste, c&rsquo;est \u00e0 dire que le fait de maximiser le bien-\u00eatre est un objectif fondamental. D\u00e8s lors, l\u2019individu hypermoderne entretient un rapport aux choses selon qu\u2019elles pr\u00e9sentent ou non un int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique, pour lui et son environnement, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019accro\u00eetre. L\u2019individu consomme si le produit le satisfait, il zappe, l\u2019use et le jette quand le produit se r\u00e9v\u00e8le moins satisfaisant. L\u2019utilitarisme devient ainsi une valeur, l\u2019axe majeur de notre rapport au monde. Or l\u2019utilitarisme, l\u2019int\u00e9r\u00eat instrumental et strat\u00e9gique, ne sont que les autres noms de l\u2019int\u00e9r\u00eat pour soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rapport au temps de l\u2019individu fait l\u2019objet d\u2019une \u00ab <em>acc\u00e9l\u00e9ration continue<\/em> \u00bb, \u00e9crit Hartmut Rosa, dans \u00ab Acc\u00e9l\u00e9ration. Une critique sociale du temps \u00bb<a href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>, surtout depuis le d\u00e9veloppement des outils de communication tels que le t\u00e9l\u00e9phone portable, Internet et les micro-ordinateurs. Auparavant, l\u2019individu s\u2019inscrivait dans un temps unique, long et partag\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un m\u00eame territoire. Aujourd\u2019hui, l\u2019individu hypermoderne envisage une succession de temporalit\u00e9s selon ses r\u00e9seaux, courant apr\u00e8s \u2026 le temps. Aujourd\u2019hui, l\u2019individu hypermoderne veut dominer le temps, le ma\u00eetriser. Cette volont\u00e9 a un soubassement \u00e9conomique, il s\u2019agit de gagner \u00e0 tout prix du temps, d\u2019agir en \u00ab <em>temps r\u00e9el<\/em> \u00bb dans un monde pris dans une course effr\u00e9n\u00e9e pour le gain, y compris le gain de temps, car \u00ab <em>le temps, c\u2019est de l\u2019argent <\/em>\u00bb. <strong>Dans ce contexte, la vitesse devient le pouvoir<\/strong>. L\u2019homme pense ma\u00eetriser le temps, mais il est d\u00e9pendant \u00e0 pr\u00e9sent de l\u2019urgence, qui lui enjoint sans cesse d\u2019aller plus vite et plus haut. Il a ainsi l\u2019illusion d\u2019\u00eatre affranchi du temps par le biais des technologies en sa possession, qui lui donne l\u2019impression d\u2019avoir le don d\u2019ubiquit\u00e9, d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent partout \u00e0 la fois. Cependant, il est assujetti \u00e0 l\u2019urgence, d\u00e9bord\u00e9 par le temps, dans sa vie professionnelle, sociale et priv\u00e9e. Pris dans la spirale de l\u2019urgence, il cherche \u00e0 gagner du temps en divisant le travail, mais passe tout son temps \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 ses mails, \u00e0 ses messages et \u00e0 communiquer. Il est finalement prisonnier de son temps, lui qui voulait s\u2019en affranchir.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les technologies sont synonymes d\u2019imm\u00e9diatet\u00e9, de s\u00e9curit\u00e9, d\u2019ouverture et d\u2019\u00e9vasion, elles sont aussi sources d\u2019informations non d\u00e9sir\u00e9es, d\u2019appels intempestifs, de surcharge de travail, de confusion entre urgence et importance, de nouvelles addictions, et impliquent la menace d\u2019une surveillance et d\u2019un contr\u00f4le accru.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que la prise de distance, la coupure, vise \u00e0 ouvrir une p\u00e9riode de r\u00e9flexivit\u00e9, de dialogue de soi \u00e0 soi, d\u2019exp\u00e9rience de son int\u00e9riorit\u00e9, quels sont les logiques qui poussent \u00e0 \u00eatre toujours connect\u00e9es ?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une attente diffuse, constante, \u00e0 se laisser surprendre par de l\u2019in\u00e9dit, de la survenance, de la distraction, quelque chose d\u2019agr\u00e9able, par la curiosit\u00e9, par le fait qu\u2019un message va changer notre vie, donc que l\u2019on va \u00eatre reconnu, que l\u2019on est quelqu\u2019un, que l\u2019on existe dans un r\u00e9seau, que l\u2019on est important, enfin que l\u2019on vit. Alors que si on met sur <em>\u00ab OFF<\/em> \u00bb, on dispara\u00eet ! Donc on a peur de manquer quelque chose, de manquer un espoir fou de la \u00ab <em>survenance positive<\/em> \u00bb ou \u00ab <em>FOMO<\/em> \u00bb acronyme de l&rsquo;anglais Fear Of Missing Out. (Ndlr&nbsp;: Peur de rater).<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que la d\u00e9connexion nous permettrait d\u2019int\u00e9grer \u00ab <em>un autre monde<\/em> \u00bb, le monde de la r\u00e9alit\u00e9, concret, le vrai monde devient celui du monde connect\u00e9 ! Le contraste est tellement fort qu\u2019il fait \u00e9merger des questions de fond, existentielles. La confrontation brutale avec le sens de sa vie appara\u00eet !<\/p>\n\n\n\n<p>Finie la distraction pour \u00eatre saisi par le silence de la disparition, la confrontation r\u00e9elle avec sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rapport aux id\u00e9es et valeurs, en pleine mutation, transforme la nature des engagements de l\u2019individu hypermoderne. \u00c0 pr\u00e9sent, les individus sont particuli\u00e8rement critiques et r\u00e9flexifs. Critiques, parce que leurs jugements de valeur reposent sur un raisonnement qui se r\u00e9clame de la d\u00e9monstration scientifique. <strong>Ils r\u00e9clament le droit de critique et de proposition \u00e0 l\u2019\u00e9gard de toutes les normes en vigueur<\/strong>. R\u00e9flexifs, parce que les individus s\u2019interrogent sans cesse et fonctionnent par tests, essais, erreurs. Ils se donnent les moyens d\u2019une distance d\u2019avec eux-m\u00eames. <strong>Ils sont avant tout<\/strong> <strong>en qu\u00eate de sens<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9volution progressive des valeurs de s\u00e9curit\u00e9, de confort mat\u00e9riel, d\u00e9clinent au profit de valeurs comme la paix, les droits de l\u2019homme, l\u2019\u00e9cologie, l\u2019\u00e9panouissement individuel, cherchant \u00e0 donner plus de sens aux activit\u00e9s individuelles, une r\u00e9duction de l\u2019agressivit\u00e9 dans les relations entre individus et dans les rapports entre l\u2019homme et la nature. De telles valeurs sont au c\u0153ur du d\u00e9veloppement propos\u00e9 \u00e0 l\u2019individu hypermoderne.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a>3.\u00a0\u00a0\u00a0 <u>Un \u00e9gocentrisme social<\/u><\/a>\u00a0<\/h2>\n\n\n\n<p>Ce que je peux d\u00e9signer par \u00ab&nbsp;\u00e9gocentrisme social \u00bb, c\u2019est l\u2019espace singulier qui traduit une d\u00e9formation du moi, des comportements involontaires et inconscients, consistant \u00e0 n&rsquo;envisager le point de vue ou l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des autres qu&rsquo;\u00e0 partir du sien propre. Il s\u2019agit par-l\u00e0 de comprendre les cons\u00e9quences dans les organisations du sport dont le moi est en surexposition. Et d\u2019interroger ce qu\u2019implique le fait de chercher \u00e0 se rendre toujours plus \u00ab visible \u00bb. Le pouvoir n\u2019est pas seulement celui qui consiste \u00e0 augmenter sa \u00ab visibilit\u00e9 \u00bb, mais aussi \u00e0 valoriser des enjeux financiers, car celui qui r\u00e9colte un grand nombre de vues se voit offrir des sponsors, avec une manne financi\u00e8re \u00e0 la cl\u00e9. L\u2019enjeu de cette existence dans laquelle on \u00ab s\u2019\u00e9clate \u00bb, c\u2019est bien \u00ab d\u2019\u00eatre vu \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la mani\u00e8re de Descartes qui nous dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je pense, donc, je suis<\/em>&nbsp;\u00bb, je peux ajouter \u00ab&nbsp;<em>je suis vu, donc, je suis<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voyons donc tout l\u2019impact de cet \u00e9gocentrisme social qui consiste \u00e0 exister \u00e0 la face r\u00e9elle ou virtuelle du monde, en repr\u00e9sentation constante. Jean-Paul Sartre dans \u00ab&nbsp;L\u2019\u00eatre et le N\u00e9ant&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn13\">[13]<\/a> questionne la repr\u00e9sentation, en prenant l\u2019exemple du gar\u00e7on de caf\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>[&#8230;]. Toute sa conduite nous semble un jeu [&#8230;]. Il joue, il s\u2019amuse. Mais \u00e0 quoi joue-t-il\u202f? Il ne faut pas l\u2019observer longtemps pour s\u2019en rendre compte\u202f: il joue \u00e0 \u00eatre gar\u00e7on de caf\u00e9<\/em>\u202f\u00bb. Sartre d\u00e9montrait que c\u2019est le propre de l\u2019individu que d\u2019\u00eatre capable de mauvaise foi, c\u2019est-\u00e0-dire de se mentir \u00e0 lui-m\u00eame sur ce qu\u2019il est vraiment. Sa conscience est en d\u00e9calage avec son lui-m\u00eame, et le philosophe concluait qu\u2019\u00e0 force de jouer \u00e0 \u00eatre gar\u00e7on de caf\u00e9, il n\u2019est plus que gar\u00e7on de caf\u00e9, moment o\u00f9 son apparence englobe sa r\u00e9alit\u00e9. Les r\u00e9flexions de Sartre sont toujours d\u2019actualit\u00e9, avec une autre dimension aujourd\u2019hui, car jouer avec son apparence n\u2019est plus un \u00ab <em>jeu <\/em>\u00bb mais un \u00ab <em>je <\/em>\u00bb \u00e9gotique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9gocentrisme social, c\u2019est le moment o\u00f9 notre narcissisme personnel s\u2019efface pour ne plus exister que dans le regard de l\u2019autre. Nous distinguons l\u00e0, ce qu\u2019on appelle le \u00ab&nbsp;<em>self-branding<\/em>&nbsp;\u00bb ou encore l\u2019autopromotion, attitude qui consiste \u00e0 prendre le moi comme v\u00e9ritable \u00ab <em>objet<\/em> \u00bb et d\u2019en faire la \u00ab <em>promotion<\/em> \u00bb notamment par le biais des r\u00e9seaux sociaux. Carlo Strenger dans un livre au titre \u00e9vocateur \u00ab&nbsp;La peur de l\u2019insignifiance&nbsp;nous rend fous \u00bb<a href=\"#_ftn14\">[14]<\/a> \u00e9voque l\u2019angoisse de \u00ab <em>passer inaper\u00e7u<\/em> \u00bb ou encore de \u00ab <em>ne pas \u00eatre vu<\/em> \u00bb derri\u00e8re l\u2019\u00e9gocentrisme social.<\/p>\n\n\n\n<p>Le flux ininterrompu de nouvelles sur les exploits des dirigeants stars, des entrepreneurs visionnaires, des sportifs staris\u00e9s p\u00e8se lourdement sur l\u2019estime de nombreux individus. La nature humaine a montr\u00e9 la profondeur du besoin d\u2019avoir une importance, d\u2019\u00eatre diff\u00e9rent et de sentir que sa vie a un sens. Il nous est donc n\u00e9cessaire de croire que nous faisons quelque chose qui importe dans notre environnement sportif.<\/p>\n\n\n\n<p>Le syst\u00e8me de l\u2019info-divertissement sur lequel nous sommes branch\u00e9s nuit et jour d\u00e9verse un flux incessant de nouvelles sur leurs exploits.<\/p>\n\n\n\n<p>Les m\u00e9dias et les agences de marketing communicationnel ont compris de longue date le pouvoir qu\u2019elles pouvaient en retirer. Certaines marques y ajoutent des slogans qui s\u2019impriment dans nos t\u00eates, tel le fameux \u00ab&nbsp;<em>Impossible is nothing<\/em>&nbsp;\u00bb (Ndlr&nbsp;: rien n\u2019est impossible) d\u2019Adidas ou encore le \u00ab&nbsp;<em>Just do it<\/em>&nbsp;\u00bb (Ndlr&nbsp;: simplement fais-le) de Nike. <a><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab&nbsp;<em>Just do it<\/em>&nbsp;\u00bb promeut un mythe qui ne correspond tout simplement pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est oublier que l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 des individus essaie de faire de leur mieux, sans jamais atteindre les sommets.<\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab&nbsp;<em>Just do it<\/em>&nbsp;\u00bb a donc pour cons\u00e9quence path\u00e9tique de discr\u00e9diter l\u2019ordinaire puisqu\u2019il d\u00e9nigre des carri\u00e8res respectables, dont on pourrait \u00eatre fier. J\u2019ajoute qu\u2019il n\u2019est pas vrai que seuls, le talent, la volont\u00e9, le caract\u00e8re et le courage d\u00e9cident de qui va arriver aux sommets, mais plut\u00f4t \u00e0 quel point la naissance, les conditions sociales, le r\u00e9seau, la bonne rencontre, au bon moment, sans oublier la chance, d\u00e9terminent, au final, la r\u00e9ussite ou non.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Mais au lieu d\u2019int\u00e9grer les statistiques dans notre compr\u00e9hension de ce que nous pouvons accomplir ou non, nous nous laissons plus influencer par le mythe du \u00ab&nbsp;Just do it&nbsp;\u00bb que par la sobre r\u00e9alit\u00e9 des faits incontestables<\/em> \u00bb, d\u00e9plore Carlo Strenger.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019environnement du sport, l\u2019exemple des entra\u00eeneurs de sport professionnel, de m\u00eame que les managers dans les organisations montrent leurs grandes difficult\u00e9s \u00e0 g\u00e9rer la personnalit\u00e9 des diff\u00e9rents acteurs du sport. Dans une soci\u00e9t\u00e9 qui voue un culte \u00e0 l\u2019individu et \u00ab&nbsp;<em>d\u00e9ifie<\/em>&nbsp;\u00bb les stars, il est crucial de savoir convaincre un athl\u00e8te ou un collaborateur \u00e0 l\u2019ego surdimensionn\u00e9 de porter les int\u00e9r\u00eats de son \u00e9quipe plus hauts que les siens.<\/p>\n\n\n\n<p>Les managers les plus talentueux sont ceux qui sont capables de tirer le meilleur de ces individus compliqu\u00e9s, ou de rep\u00e9rer pr\u00e9cocement que ces \u00ab&nbsp;<em>divas<\/em>&nbsp;\u00bb empoisonnent le moral du groupe et doivent \u00eatre \u00e9cart\u00e9es. Ils comprennent aussi que les valeurs de respect, d\u2019empathie, de fiert\u00e9, et de d\u00e9vouement doivent p\u00e9n\u00e9trer profond\u00e9ment la culture du groupe et de chacun de ses acteurs. On ne peut pas s\u00e9parer l\u2019individu de l\u2019\u00eatre humain qui l&rsquo;incarne.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les organisations professionnelles, certaines sont min\u00e9es par des individus qui ne pensent qu\u2019\u00e0 leur propre promotion, aux d\u00e9pens de la r\u00e9ussite du groupe. Ces personnalit\u00e9s narcissiques sont une catastrophe pour les organisations. Ils finissent par contaminer l\u2019organisme entier. La culture du sport, en favorisant le culte des stars, a perdu toute appr\u00e9ciation de la part de l\u2019humain dans le jeu et dans la performance collective.<\/p>\n\n\n\n<p>Des entra\u00eeneurs exceptionnels partisans de la vieille \u00e9cole avec leur slogan \u00ab&nbsp;<em>l\u2019\u00e9quipe d\u2019abord&nbsp;<\/em>\u00bb insiste sur l\u2019importance cruciale qu\u2019il y a \u00e0 cr\u00e9er une attitude collective de d\u00e9vouement \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de l\u2019\u00e9gocentrisme du star syst\u00e8me, affirmant que ces valeurs constituent la raison d\u2019\u00eatre de toutes les organisations qui doit reposer sur un esprit collectif, dans lequel tous les acteurs abandonnent leur ego personnel pour exalter une conscience au service du groupe.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment des organisations peuvent-elles faire preuve de succ\u00e8s, de fiert\u00e9 et de sens de l\u2019honneur dans leur mani\u00e8re d\u2019\u00e9veiller la conscience des individus ?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enjeu futur sera de former d\u2019abord des \u00eatres humains et des individus avant de former des acteurs du sport pour atteindre une alchimie alternative pour notre \u00e9poque&nbsp;; persuader les femmes et les hommes de sublimer leur ego \u00e0 tout moment, pour le bien des organisations, toutes conditions requises pour insufflerun esprit gagnant qui est au fondement des relations humaines dans les communaut\u00e9s sportives. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comment, dans le sport, l\u2019individualisme et la qu\u00eate de performance ont pris le pas sur le partage et l\u2019activit\u00e9 ludique. Quelles en sont les causes ? Comment inverser la tendance pour retrouver les vraies valeurs du sport, le jeu, le bien-\u00eatre et la coop\u00e9ration ?<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les sports individuels, la course \u00e0 pied a le vent en poupe et les clubs de fitness prolif\u00e8rent. Ces sports \u00e0 la mode sont repr\u00e9sentatifs de l\u2019\u00e9volution de notre soci\u00e9t\u00e9, devenue individualiste et narcissique. On priorise d\u00e9sormais la performance : des objectifs personnels \u00e0 accomplir, des r\u00e9sultats \u00e0 produire, de la r\u00e9ussite \u00e0 obtenir et des louanges \u00e0 recevoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon un sondage Harris Interactive de 2017, 15% des Fran\u00e7ais indiquent pratiquer la course \u00e0 pied mais seulement 2% consid\u00e8rent qu\u2019il s\u2019agit de leur sport pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Pour le fitness, 20% vont en salle (deuxi\u00e8me sport le plus pratiqu\u00e9 en France) mais seulement 5% des personnes interrog\u00e9es indiquent pr\u00e9f\u00e9rer ce sport. Le plaisir ne va plus forc\u00e9ment de pair avec la pratique.<\/p>\n\n\n\n<p>La pratique d\u2019un sport n\u2019est plus seulement un jeu, une occupation ou l\u2019occasion de rencontrer des amis. Faire du sport rejoint les aspirations \u00e0 la perfectibilit\u00e9, \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de soi, \u00e0 la qu\u00eate d\u2019individualit\u00e9 des individualistes. Il devient une activit\u00e9 d\u2019abord tourn\u00e9e vers l\u2019individu lui-m\u00eame, illustr\u00e9e par l\u2019\u00e9volution de ces pratiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais qu\u2019en est-il des sports collectifs ? Malgr\u00e9 leur aspect \u00ab <em>collectif<\/em> \u00bb justement, ils v\u00e9hiculent finalement les m\u00eames valeurs d\u2019individualisme et de comp\u00e9tition.<\/p>\n\n\n\n<p>Les sports collectifs d\u00e9fendent l\u2019id\u00e9e du \u00ab <em>faire ensemble<\/em> \u00bb, alors que le collectif se con\u00e7oit uniquement comme la somme d\u2019int\u00e9r\u00eats individuels. Chacun(e) cherche \u00e0 s\u2019extirper du groupe pour devenir le sportif ou la sportive de l\u2019ann\u00e9e au m\u00eame titre que le collaborateur du mois. Tous les sports collectifs d\u00e9cernent des r\u00e9compenses individuelles&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a>4.\u00a0\u00a0\u00a0 <u>L\u2019individu hypermoderne et le management<\/u><\/a><\/h2>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit de d\u00e9crire un ph\u00e9nom\u00e8ne social qui tend \u00e0 se r\u00e9pandre avec ce que l\u2019on nomme la \u00ab <em>globalisation <\/em>\u00bb, que nous pouvons identifier comme une id\u00e9ologie manag\u00e9riale.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019<strong>id\u00e9ologie manag\u00e9riale <\/strong>repose sur la gestion qui est largement \u00e9labor\u00e9e par les praticiens et la grande majorit\u00e9 de ceux qui l\u2019enseignent, comme un <strong>ensemble de techniques destin\u00e9es \u00e0 rechercher l\u2019organisation de la meilleure utilisation des ressources financi\u00e8res, mat\u00e9rielles et humaines<\/strong>, pour assurer la p\u00e9rennit\u00e9 des organisations du sport.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019appuyer sur \u00ab&nbsp;<em>l\u2019hyper-individualisme<\/em> \u00bb, compris comme un individu de plus en plus autonome dans ses choix et de moins en moins d\u00e9termin\u00e9 par une logique de classes, engage les acteurs du sport dans une gamme des choix personnels \u00e0 l\u2019extr\u00eame et affranchit les conduites individuelles des encadrements collectifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Le souci d\u2019objectivit\u00e9 mis en avant par les gestionnaires conduit \u00e0 occulter, dans les organisations, les dimensions subjectives, psychiques et symboliques. L\u2019individu ne peut se r\u00e9duire \u00e0 un objet, \u00e0 une ressource ou \u00e0 une variable \u00e0 ma\u00eetriser. En imposant l\u2019id\u00e9e d\u2019une rationalit\u00e9 dans les d\u00e9cisions prises, il \u00e9clipse un des fondements de toute r\u00e9alit\u00e9 sociale&nbsp;: l\u2019affrontement d\u2019int\u00e9r\u00eats plus ou moins contradictoires et de points de vue divergents. L\u2019apparente neutralit\u00e9 du discours de l\u2019expert camoufle la r\u00e9alit\u00e9 de ses liens avec ceux du service duquel il produit ses connaissances. L\u2019objectivit\u00e9 et la neutralit\u00e9 des discours qui veulent faire autorit\u00e9, sous le masque de la rigueur m\u00e9thodologique, ne font que recouvrir d\u2019un vernis scientifique, une certaine vision, d\u00e9voy\u00e9e dans ses finalit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans l\u2019univers manag\u00e9rial chaque acteur cherche \u00e0 maximiser ses r\u00e9sultats<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 optimiser le rapport entre les <strong>r\u00e9sultats personnels de son action<\/strong> et <strong>les ressources qu\u2019il y consacre<\/strong>, le tout au service de l\u2019efficacit\u00e9. La pr\u00e9occupation d\u2019utilit\u00e9 est ais\u00e9ment concevable dans un univers o\u00f9 les soucis d\u2019efficience et de rentabilit\u00e9 sont constants. Il faut \u00eatre toujours plus efficace et productif pour survivre. La comp\u00e9tition est consid\u00e9r\u00e9e comme une donn\u00e9e naturelle \u00e0 laquelle il faut bien s\u2019adapter. Dans ce contexte, la recherche et la connaissance ne sont consid\u00e9r\u00e9es comme pertinentes que dans la mesure o\u00f9 elles d\u00e9bouchent sur des solutions op\u00e9rationnelles. La recherche de la v\u00e9rit\u00e9 scientifique s\u2019efface devant les proclamations d\u2019efficacit\u00e9, la d\u00e9monstration devant la force de conviction.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019optimisation r\u00e8gne en ma\u00eetre. \u00ab <em>Soyez positifs<\/em> ! \u00bb est une injonction permanente. Il convient de pratiquer \u00ab&nbsp;<em>l\u2019approche solution<\/em> \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de n\u2019\u00e9voquer un probl\u00e8me qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on peut le r\u00e9soudre. On entend souvent des responsables d\u00e9clarer \u00e0 leurs subordonn\u00e9s <em>: \u00ab Ici, il n\u2019y a pas de probl\u00e8mes, il n\u2019y a que des solutions ! \u00bb.<\/em> <strong>La pens\u00e9e est consid\u00e9r\u00e9e comme inutile si elle ne permet pas de contribuer \u00e0 l\u2019efficience de l\u2019organisation<\/strong>. Chaque individu est reconnu en fonction de ses capacit\u00e9s \u00e0 en am\u00e9liorer le fonctionnement. La pertinence de la connaissance est mesur\u00e9e \u00e0 l\u2019aune de son utilit\u00e9. On peut exercer sa libert\u00e9 de pens\u00e9e et de parole \u00e0 condition que cette libert\u00e9 participe \u00e0 am\u00e9liorer les performances. La question n\u2019est plus alors de produire de la connaissance en fonction de crit\u00e8res de v\u00e9rit\u00e9, mais selon des crit\u00e8res d\u2019efficience et de rentabilit\u00e9 \u00e0 partir des objectifs fix\u00e9s par le syst\u00e8me. C\u2019est un autre aspect de la rationalit\u00e9 instrumentale qui tend \u00e0 consid\u00e9rer comme irrationnel tout ce qui ne rentre pas dans sa logique. C\u2019est ce qu\u2019Herbert Marcuse, dans \u00ab&nbsp;L\u2019homme unidimensionnel&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn15\">[15]<\/a>, appelait l\u2019univers du discours clos <em>\u00ab qui se ferme \u00e0 tout autre discours qui n\u2019emploie pas ses termes \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Affirmer que l\u2019humain est un bien mat\u00e9riel des organisations du sport conduit \u00e0 op\u00e9rer une inversion des rapports entre l\u2019\u00e9conomique et le social. C\u2019est bien l\u2019organisation, comme construction sociale, qui est une production humaine et non l\u2019inverse. Le d\u00e9veloppement des organisations n\u2019a de sens que s\u2019il contribue \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de la soci\u00e9t\u00e9, donc au bien-\u00eatre individuel et collectif et, en d\u00e9finitive, s\u2019il est au service de la vie humaine. G\u00e9rer l\u2019humain comme une ressource, au m\u00eame titre que les mati\u00e8res premi\u00e8res, le capital, les outils de production ou encore les technologies, c\u2019est poser le d\u00e9veloppement de l\u2019organisation comme une finalit\u00e9 en soi, ind\u00e9pendante du d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En fin de compte, la conception manag\u00e9riale conduit \u00e0 interpeller chaque individu pour qu\u2019il devienne un agent actif du monde productif. La valeur de chacun est mesur\u00e9e en fonction de crit\u00e8res financiers. Les improductifs sont rejet\u00e9s comme \u00ab <em>inutiles au monde<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn16\">[16]<\/a>. On assiste au triomphe de l\u2019id\u00e9ologie de la r\u00e9alisation de soi-m\u00eame. Chacun est invit\u00e9 \u00e0 devenir l\u2019entrepreneur de sa propre existence. La finalit\u00e9 de l\u2019activit\u00e9 humaine n\u2019est plus de <em>\u00ab faire soci\u00e9t\u00e9<\/em> \u00bb, au sens d\u2019Hannah Arendt<a href=\"#_ftn17\">[17]<\/a>, c\u2019est-\u00e0-dire de produire du lien social, mais d\u2019exploiter des ressources, qu\u2019elles soient environnementales, mat\u00e9rielles ou humaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Les techniques de management perdent leur caract\u00e8re disciplinaire. La surveillance n\u2019est plus physique, mais communicationnelle. Si par certains aspects la surveillance reste ininterrompue, gr\u00e2ce aux badges magn\u00e9tiques, aux portables, aux ordinateurs, aux bips-bips, elle n\u2019est plus directe. Elle porte davantage sur les r\u00e9sultats du travail que sur ses modalit\u00e9s. Si la libert\u00e9 s\u2019accro\u00eet sur les t\u00e2ches \u00e0 accomplir, elle trouve une contrepartie dans une exigence drastique de r\u00e9sultats. Il s\u2019agit moins de r\u00e9glementer l\u2019emploi du temps et de quadriller l\u2019espace que d\u2019obtenir une disponibilit\u00e9 permanente pour que le maximum de temps soit consacr\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alisation des objectifs fix\u00e9s et, au-del\u00e0, \u00e0 un engagement total dans la r\u00e9ussite des organisations du sport. Il s\u2019agit donc toujours de constituer un temps int\u00e9gralement rentable. <strong>On l\u2019obtient<\/strong>, non par un contr\u00f4le tatillon de l\u2019activit\u00e9 pour adapter le corps \u00e0 l\u2019exercice du travail, mais <strong>par des dispositifs qui consistent \u00e0 mobiliser l\u2019individu sur des objectifs et des projets qui canalisent l\u2019ensemble de ses potentialit\u00e9s<\/strong>. Et comme les horaires de travail ne suffisent plus pour r\u00e9pondre \u00e0 ces exigences, la fronti\u00e8re entre le temps de travail et le temps hors travail va devenir de plus en plus poreuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le temps de travail devient illimit\u00e9, l\u2019espace doit l\u2019\u00eatre \u00e9galement. Il convient de pouvoir travailler \u00e0 tout moment et en tout lieu. <strong>L\u2019individu hypermoderne est obligatoirement connect\u00e9<\/strong>. Il peut travailler en permanence avec l\u2019ensemble de ses interfaces et de ses r\u00e9seaux dans le monde entier. C\u2019est \u00e0 dire qu\u2019il n\u2019a plus besoin de bureau fixe, mais d\u2019un bureau qu\u2019il transporte avec lui.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019<strong>efficacit\u00e9 du syst\u00e8me disciplinaire <\/strong>voulait que l\u2019ordre soit ex\u00e9cut\u00e9 <strong>sans discussion<\/strong>, <strong>sans explication<\/strong> et <strong>sans d\u00e9lai<\/strong>. Il sollicitait de la part des acteurs une soumission totale au r\u00e8glement et une docilit\u00e9 ob\u00e9issante face \u00e0 la hi\u00e9rarchie. Il mettait en \u0153uvre une surveillance directe et un syst\u00e8me de sanction normalis\u00e9. Le syst\u00e8me manag\u00e9rial est en rupture par rapport \u00e0 ce mod\u00e8le. D\u2019un gouvernement par les ordres, <strong>on passe \u00e0 un management par la r\u00e9alisation de projets<\/strong>, <strong>on passe d\u2019une surveillance hi\u00e9rarchique \u00e0 la mise en \u0153uvre d\u2019une autonomie contr\u00f4l\u00e9e.<\/strong> <strong>Les individus consentent \u00e0 la soumission \u00e0 un ordre pour aller vers un engagement dans le projet, acceptant une nouvelle servitude.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La mod\u00e9lisation des comportements est con\u00e7ue \u00e0 partir d\u2019un syst\u00e8me de valeurs que chaque individu doit int\u00e9rioriser&nbsp;: la <em>valorisation <\/em><em>de l\u2019action<\/em>, l\u2019<em>exemplarit\u00e9 des attitudes<\/em>, l\u2019<em>adh\u00e9sion aux id\u00e9aux de management<\/em>, le <em>primat des r\u00e9sultats financiers<\/em>, la <em>mobilisation permanente pour r\u00e9pondre aux exigences des clients<\/em>, <em>des actionnaires<\/em>, <em>des collaborateurs<\/em> <em>et des fournisseurs<\/em>. On attend une identification totale \u00e0 l\u2019organisation dont le nom doit inspirer \u00ab <em>fiert\u00e9 et confiance<\/em> \u00bb. Chacun est invit\u00e9 \u00e0 prendre des initiatives, \u00e0 faire preuve de cr\u00e9ativit\u00e9 et d\u2019autonomie dans le sens des orientations et des convictions de l\u2019organisation. Il s\u2019agit d\u2019adh\u00e9rer librement, spontan\u00e9ment et avec enthousiasme \u00e0 son projet \u00e9conomique. Les chartes glorifient l\u2019esprit d\u2019\u00e9quipe, le challenge et l\u2019exigence de qualit\u00e9, la responsabilit\u00e9 et l\u2019\u00e9thique.<\/p>\n\n\n\n<p>Que penser de ces organisations du sport lorsque les comportements irresponsables se multiplient, quand les d\u00e9clarations d\u2019intention ne sont pas suivies d\u2019effets ?<\/p>\n\n\n\n<p>Que dire de ces organisations sportives qui parlent de codes de d\u00e9ontologie, qui dans le m\u00eame temps licencient et multiplient les stages, les CDD ou CDI pr\u00e9caires, qui, le plus souvent maquillent leurs donn\u00e9es \u00e9conomiques&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Que songer de ces organisations sportives qui \u00e9voquent l\u2019importance du respect environnemental et dont les dirigeants et les acteurs ne se d\u00e9placent qu\u2019en transport a\u00e9rien sur l\u2019ensemble du territoire, source de pollution majeure&nbsp;? &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le pouvoir manag\u00e9rial fonctionne moins comme une \u00ab <em>bastille<\/em> \u00bb qui soumet des individus \u00e0 une surveillance constante que comme un syst\u00e8me de sollicitation qui suscite un comportement r\u00e9actif, flexible, adaptable, capable de mettre en acte le projet de l\u2019organisation. Chaque service, tant\u00f4t centre de co\u00fbt, tant\u00f4t centre de profit, assumera les r\u00e9sultats de ses activit\u00e9s, en fonction de leur rentabilit\u00e9 financi\u00e8re. La gestion manag\u00e9riale pr\u00e9f\u00e8re l\u2019adh\u00e9sion volontaire \u00e0 la sanction disciplinaire, la mobilisation \u00e0 la contrainte, l\u2019incitation \u00e0 l\u2019imposition, la gratification \u00e0 la punition, la responsabilit\u00e9 \u00e0 la surveillance. <strong>Sa force s\u2019enracine dans un syst\u00e8me de valeurs qui favorise l\u2019engagement individuel dans lequel la recherche du profit est coupl\u00e9e \u00e0 un id\u00e9al<\/strong>. Le travail doit devenir le lieu de la r\u00e9alisation de soi-m\u00eame, de l\u2019\u00e9panouissement de chacun, de l\u2019esprit d\u2019\u00e9quipe, de la r\u00e9ponse aux exigences des clients comme des collaborateurs, du respect de tous. Il s\u2019agit enfin de conduire ces activit\u00e9s avec le sens de l\u2019\u00e9thique. Projet et id\u00e9al vont de pair. Personne ne peut se satisfaire de se consacrer totalement \u00e0 son travail pour une finalit\u00e9 uniquement financi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne recherche donc plus des individus dociles mais des \u00ab <em>battants <\/em>\u00bb, des \u00ab&nbsp;<em>winners<\/em>&nbsp;\u00bb qui ont le go\u00fbt de la performance et de la r\u00e9ussite, qui sont pr\u00eats \u00e0 se d\u00e9vouer corps et \u00e2me. Deux autres qualit\u00e9s sont aussi exig\u00e9es, le <em>go\u00fbt de la complexit\u00e9<\/em> et la <em>capacit\u00e9 de vivre dans un monde paradoxal<\/em>, comme&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>Vous devez travailler en \u00e9quipe, mais l\u2019\u00e9valuation des performances est individuelle.<\/li><li>La qualit\u00e9 totale, mais l\u2019organisation est domin\u00e9e par le souci de la rentabilit\u00e9 financi\u00e8re et des r\u00e9sultats quantitatifs.<\/li><li>L\u2019avancement au m\u00e9rite, mais c\u2019est celui qui arrive \u00e0 se mettre en avant au d\u00e9triment des autres qui est promu.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>La violence dans l\u2019organisation hypermoderne n\u2019est pas r\u00e9pressive. S\u2019il peut subsister des formes de r\u00e9pression, c\u2019est surtout une violence morale li\u00e9e \u00e0 des exigences paradoxales. Dans le mod\u00e8le hi\u00e9rarchique, le contrat est assez clair, il faut \u00eatre au bureau ou \u00e0 sur le lieu de travail pendant un nombre d\u2019heures fix\u00e9es \u00e0 l\u2019avance, dans un lieu d\u00e9termin\u00e9 pour effectuer une t\u00e2che pr\u00e9cise, tout cela en contrepartie d\u2019une r\u00e9mun\u00e9ration. Il y a donc un engagement r\u00e9ciproque et formalis\u00e9. Dans le mod\u00e8le manag\u00e9rial, l\u2019essentiel du contrat se joue ailleurs. Nous avons \u00e9voqu\u00e9 sa dimension narcissique. L\u2019organisation propose \u00e0 l\u2019homme manag\u00e9rial ou \u00e0 l\u2019employ\u00e9, de satisfaire ses fantasmes de toute-puissance et ses d\u00e9sirs de r\u00e9ussite contre une adh\u00e9sion totale et une mobilisation psychique intense. L\u2019id\u00e9alisation et l\u2019identification les contraint \u00e0 une d\u00e9pendance morale importante. Si l\u2019organisation va mal, ils ne peuvent s\u2019en prendre qu\u2019\u00e0 eux-m\u00eames. Si elle les met sur la touche, c\u2019est qu\u2019ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de ses exigences. Ce n\u2019est plus un engagement r\u00e9ciproque qui r\u00e8gle les rapports entre l\u2019individu et l\u2019organisation, mais une injonction paradoxale. Plus l\u2019individu r\u00e9ussit, plus sa d\u00e9pendance augmente. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019organisation progresse, c\u2019est en d\u00e9finitive la part du sujet qui r\u00e9gresse. Plus il s\u2019identifie \u00e0 l\u2019organisation, plus il perd son autonomie propre. Il croit jouer \u00ab <em>gagnant-gagnant<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn18\">[18]<\/a>, selon l\u2019expression consacr\u00e9e, alors que le fait de gagner le m\u00e8ne \u00e0 sa perte. Double perte, puisqu\u2019un jour il sera in\u00e9luctablement mis sur la touche d\u00e8s que ses performances diminueront, mais aussi parce qu\u2019il est mis en tension psychique permanente. <strong>On transf\u00e8re l\u2019autonomie fond\u00e9e sur la libert\u00e9 vers une nouvelle forme d\u2019autonomie, fond\u00e9e sur l\u2019asservissement.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un mode de management pervers que cette forme de pouvoir dans la mesure o\u00f9 il met en sc\u00e8ne un syst\u00e8me manipulateur qui pi\u00e8ge l&rsquo;individu dans son propre d\u00e9sir. Il est vrai que l\u2019homme hyper moderne se trouve capt\u00e9 dans des modes de fonctionnement qui pr\u00e9sentent toutes les caract\u00e9ristiques de la perversion et qui conduisent au harc\u00e8lement, un des sympt\u00f4mes courants dans ce type d\u2019organisation. Si le syst\u00e8me lui-m\u00eame appara\u00eet comme pervers, c\u2019est qu\u2019il accapare les processus psychiques pour les mobiliser sur des fonctionnements organisationnels. Ce faisant, il met l&rsquo;individu sous tension, en particulier parce qu\u2019il le met en contradiction avec lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019engagement du salari\u00e9 est sans fin \u00e0 partir du moment o\u00f9 il projette son propre id\u00e9al sur l\u2019organisation. C\u2019est \u00e0 chacun de faire la preuve de son utilit\u00e9, de sa productivit\u00e9 et de sa rentabilit\u00e9, donc de d\u00e9montrer qu\u2019il sait tenir sa place et, au besoin, de s\u2019en faire une. Chaque employ\u00e9 doit prouver ses comp\u00e9tences et justifier sa fonction. Mais en m\u00eame temps, il est soumis \u00e0 des prescriptions extr\u00eamement contraignantes. C\u2019est l\u2019univers de l\u2019autonomie contr\u00f4l\u00e9e. Le prix \u00e0 payer de la libre organisation de son travail se traduit par l&rsquo;obligation de respecter des normes, mais aussi la surveillance permanente de ses r\u00e9sultats, de la r\u00e9alisation de ses objectifs et de ses performances. Chaque salari\u00e9 est au c\u0153ur d&rsquo;une logique de co\u00fbt et de profit dont les r\u00e9sultats peuvent \u00eatre mesur\u00e9s en temps r\u00e9el. La libert\u00e9 d\u2019aller et de venir implique un contr\u00f4le \u00e0 distance. Chacun est libre de travailler o\u00f9 il veut, \u00e0 partir du moment o\u00f9 il est connect\u00e9 en permanence sur le r\u00e9seau. \u00ab&nbsp;<em>Lorsqu\u2019on transporte son bureau avec soi, on devient libre de travailler vingt-quatre heures sur vingt-quatre<\/em> \u00bb&nbsp;!<a href=\"#_ftn19\">[19]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019organisation hi\u00e9rarchique \u00e0 l\u2019organisation manag\u00e9riale, on passe d\u2019une gouvernance par les ordres \u00e0 une gouvernance par les r\u00e8gles, de l\u2019imposition \u00e0 l\u2019injonction d\u00e9guis\u00e9e, on n\u2019ordonne plus mais on discute, on suscite, on anime, on n\u00e9gocie et on motive.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019organisation hypermoderne est compos\u00e9e d\u2019hommes hypermodernes, chacun se voit comme son propre patron. Les individus s\u2019auto-contr\u00f4lent, s\u2019auto-exploitent et doivent se consacrer enti\u00e8rement \u00e0 leur travail, tout sacrifier \u00e0 leur carri\u00e8re. L\u2019exigence de r\u00e9ussite trouve son fondement dans le d\u00e9sir inconscient de toute-puissance. L\u2019organisation offre une image d\u2019expansion et de pouvoir illimit\u00e9 dans laquelle les individus projettent leur propre narcissisme. <strong>Pris dans l\u2019illusion de leurs d\u00e9sirs, ils sont anim\u00e9s par la peur d\u2019\u00e9chouer, la crainte de ne pas \u00eatre \u00e0 la hauteur, l\u2019humiliation de ne pas \u00eatre reconnus comme \u00e9tant de bons \u00e9l\u00e9ments.<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019univers manag\u00e9rial promeut un id\u00e9al sans borne, une prescription vers un monde sublim\u00e9. Dans ce contexte, il n\u2019est plus normal d\u2019\u00eatre limit\u00e9. Il est demand\u00e9 d\u2019accro\u00eetre en permanence les performances tout en diminuant les co\u00fbts. On cr\u00e9e des exigences de plus en plus \u00e9lev\u00e9es, au-del\u00e0 de ce que l\u2019on sait pouvoir faire. L\u2019id\u00e9al devient la norme, pour des salari\u00e9s toujours au sommet de leur forme, jamais malades, dans un contexte sans obstacle. La faiblesse, l\u2019erreur, le contretemps, l\u2019imperfection, le doute, tout ce qui caract\u00e9rise l&rsquo;humain \u00ab&nbsp;<em>normal<\/em>&nbsp;\u00bb, n&rsquo;ont plus lieu d&rsquo;\u00eatre. Puisque les individus ne peuvent jamais \u00eatre \u00e0 la hauteur des performances attendues, ils se vivent comme incapables, incomp\u00e9tents ou insuffisamment motiv\u00e9s. Ce sont eux qui deviennent responsables des d\u00e9faillances de l\u2019organisation.<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;\u00ab Nous n\u2019avons pas le choix, on l\u2019accepte ou on part<\/em> \u00bb, disent la plupart des individus. En s\u2019enfermant ainsi dans une alternative radicale, ils tentent de rationaliser leurs propres positions et, ce faisant, de l\u00e9gitimer leur conduite. Ce n\u2019est pas le moindre des paradoxes que de constater que, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, ils c\u00e9l\u00e8brent les vertus du lib\u00e9ralisme et de la libre entreprise, et que, de l\u2019autre, ils se pr\u00e9sentent comme totalement d\u00e9pendants et soumis aux exigences d\u2019un syst\u00e8me dont ils sont \u00e0 la fois les acteurs et les produits. Pris individuellement ils semblent n\u2019adh\u00e9rer que partiellement \u00e0 cette forme de pouvoir. Certains en font m\u00eame une critique virulente. Ce qui ne les emp\u00eache pas de l\u2019exercer avec leurs &nbsp;collaborateurs et leurs homologues. <strong>On pourrait parler ici de duplicit\u00e9 de la part de certains individus qui pratiquent un double langage, traduisant une soumission librement consentie.<\/strong> L\u2019appel r\u00e9curent \u00e0 l\u2019\u00e9thique est l\u2019expression du souhait de remettre de la coh\u00e9rence et de la justice dans un univers incoh\u00e9rent et inhumain.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a actuellement une forme d&rsquo;hyst\u00e9rie collective autour de l&rsquo;entrepreneuriat \u00e0 laquelle il est difficile d&rsquo;\u00e9chapper.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a>5.\u00a0\u00a0\u00a0 <u>L\u2019individu hypermoderne et l\u2019entrepreneuriat<\/u><\/a><\/h2>\n\n\n\n<p>On ne peut fermer les yeux devant ce soudain engouement pour l\u2019entrepreneuriat, qui serait la seule solution pour sauver la France de son marasme \u00e9conomique. Chacun, \u00e9tant en qu\u00eate de sens, prendrait tout \u00e0 coup sa vie en main, pr\u00e9f\u00e9rant avoir un job \u00ab&nbsp;<em>trop cool<\/em>&nbsp;\u00bb \u00e0 un salaire d\u00e9cent. On se fiche de qui ?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une op\u00e9ration marketing, un lavage de cerveau des jeunes, des ch\u00f4meurs, des femmes, des seniors et des \u00e9trangers en France auxquels l\u2019\u00c9tat n\u2019a rien d\u2019autre \u00e0 offrir qu\u2019une crise \u00e9conomique qui s\u2019\u00e9ternise, des in\u00e9galit\u00e9s croissantes, et une d\u00e9mission de son action sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas d\u2019autres choix, de toute fa\u00e7on, il faut bien cr\u00e9er son job, car il n\u2019y en a pas de disponible autrement. Et c\u2019est sans compter sur cette mutation soci\u00e9tale qui fait tant fantasmer les pouvoirs publics et les grands penseurs qui nous mart\u00e8lent que le salariat c\u2019est fini. Aujourd\u2019hui, place \u00e0 l\u2019\u00e9conomie collaborative, au retour aux vraies valeurs, \u00e0 la notion d\u2019usage avant la possession, \u00e0 travailler \u00ab <em>quand j\u2019en ai envie<\/em> \u00bb, et sans contrainte, dans la libert\u00e9 la plus totale.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais aussi la pr\u00e9carit\u00e9 la plus totale ! Car pas d\u00e9clar\u00e9, il n\u2019y a pas d\u2019imp\u00f4ts, pas de s\u00e9curit\u00e9 sociale et pas de retraite. Rechercher du sens, vouloir plus de libert\u00e9 dans son job et sa vie, travailler quand on veut, c\u2019est bien, mais encore faut-il que cela soit vraiment de son plein gr\u00e9 et pas pour enrichir \u00e0 profusion ceux qui profitent de la crise et du ch\u00f4mage. Ces incubateurs et acc\u00e9l\u00e9rateurs qui ont \u00e9merg\u00e9 \u00e0 profusion ces derni\u00e8res ann\u00e9es, cr\u00e9\u00e9s pour bon nombre d\u2019entre eux par des startupers ayant \u00e9chou\u00e9 et se disant qu\u2019aujourd\u2019hui, cela leur donne une l\u00e9gitimit\u00e9 pour accompagner les autres entrepreneurs, ou par des consultants et investisseurs en mal de notori\u00e9t\u00e9. Mais en trois mois de formation, que nous dit-on, qu\u2019il faut s\u2019associer, que l\u2019on ne peut pas r\u00e9ussir seul, que l\u2019on doit vivre, manger, dormir pour sa bo\u00eete, que l\u2019on doit avoir un r\u00e9seau en b\u00e9ton, et qui sera toujours l\u00e0 en cas de p\u00e9pin, sauf que, en cas de difficult\u00e9, plus personne n\u2019est l\u00e0 pour vous soutenir. Et c\u2019est sans compter que les \u00ab&nbsp;<em>incub\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb doivent dire partout que \u00ab <em>c\u2019est tellement formidable d\u2019avoir int\u00e9gr\u00e9 tel r\u00e9seau, \u00e7a a chang\u00e9 ma vie, sans eux je ne serais rien<\/em> \u00bb. Critiquer un acc\u00e9l\u00e9rateur ou un incubateur, c\u2019est mal.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019entrepreneuriat est au service de la propre ali\u00e9nation de l\u2019homme hypermoderne par excellence.<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le monde politique affirme que \u00ab\u2009<em>la v\u00e9ritable alternance, c\u2019est l\u2019efficacit\u00e9<\/em>\u2009\u00bb, notion qui est le r\u00e9f\u00e9rent majeur de la dogmatique manag\u00e9riale depuis la r\u00e9volution taylorienne. L\u2019efficacit\u00e9 tend \u00e0 devenir ainsi une symbolique universelle \u00e0 laquelle le politique en crise se rattache d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment. Car le politique subit une double crise&nbsp;; d\u2019une part, sa technologisation et sa technocratisation, d\u2019autre part, la dilapidation de ses r\u00e9f\u00e9rences symboliques. D\u00e8s lors, il va chercher des b\u00e9quilles dans le champ entrepreneurial, d\u2019o\u00f9 l\u2019hommage aux start-ups, \u00e0 \u00ab\u2009<em>l\u2019amour de l\u2019entreprise<\/em>\u2009\u00bb, ou dans le dogme de l\u2019efficacit\u00e9. Mais comment concevoir que tous les individus seront en mesure d\u2019affronter toutes les difficult\u00e9s, tous les d\u00e9fis auxquels l\u2019environnement de plus en plus concurrentiel va les contraindre, afin de pouvoir se r\u00e9aliser dans leur projet, si nos dirigeants \u00e9conomiques et politiques ne con\u00e7oivent le futur qu\u2019\u00e0 travers une soci\u00e9t\u00e9, un \u00e9tat entrepreneurial dans lequel chacun des acteurs serait responsable de ses actes ?<\/p>\n\n\n\n<p>Les organisations du sport hypermodernes sont plus complexes et paradoxales puisque, dans le m\u00eame temps, elles stimulent les plaisirs comme l\u2019h\u00e9donisme, la consommation et la f\u00eate, mais produisent aussi des comportements anxiog\u00e8nes et pathologiques. Le paradoxe tient au fait que l\u2019augmentation des loisirs s\u2019accompagne d\u2019une difficult\u00e9 de plus en plus r\u00e9elle \u00e0 vivre, que les gestes responsables progressent en m\u00eame temps que les actes irresponsables. L\u2019organisation hypermoderne fond\u00e9e sur l\u2019hyper-individualisme implique que chaque individu, livr\u00e9 \u00e0 sa propre libert\u00e9, soit soumis \u00e0 des injonctions paradoxales qui opposent \u00e0 la fois les exigences de l\u2019h\u00e9donisme et celles de la responsabilisation. Avec pour cons\u00e9quence une sorte de soci\u00e9t\u00e9 schizophr\u00e8ne prise entre une culture de l\u2019exc\u00e8s et un \u00e9loge de la mod\u00e9ration qui propose \u00e0 la fois aux individus, la promotion du bien-\u00eatre et le souci de soi, le plaisir de l\u2019instant et la prise en compte de l\u2019avenir, la relaxation et la performance, l\u2019\u00e9vasion et la s\u00e9curit\u00e9, l\u2019harmonie et la comp\u00e9titivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant de d\u00e9fendre une vision de l\u2019entrepreneuriat, autour de la r\u00e9ussite, du sens donn\u00e9 \u00e0 son projet d\u2019entreprise, on pourrait, on devrait pointer du doigt, ceux qui pensent avoir atteint le sommet parce qu\u2019ils ont lev\u00e9 500&nbsp;000 \u20ac sans \u00ab&nbsp;<em>business model<\/em>&nbsp;\u00bb, ceux qui ne prennent que des stagiaires ou des auto-entrepreneurs pour faire un maximum de rentabilit\u00e9 aux d\u00e9pens des salari\u00e9s, ceux qui viennent donner des le\u00e7ons aux jeunes, aux ch\u00f4meurs, aux seniors, aux femmes, aux immigr\u00e9s qui soi-disant \u00ab&nbsp;<em>ne se bougent pas<\/em>&nbsp;\u00bb, les politiques qui font de la r\u00e9cup\u00e9ration de ces changements de soci\u00e9t\u00e9, les journaux qui pour se faire bien voir des actionnaires font des publir\u00e9dactionnels en lieu et place d\u2019articles de qualit\u00e9 sans parti-pris.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le seul entrepreneuriat durable, c\u2019est celui qui cr\u00e9e de vrais emplois, qui n\u2019a pas besoin d\u2019avoir de mentor pour dire ce qu\u2019il faut faire, qui ne cherche pas les aides \u00e0 tout prix, qui chute, qui se rel\u00e8ve et qui transmet son savoir-faire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a>6.\u00a0\u00a0\u00a0 <u>L\u2019individu hypermoderne et la communication<\/u><\/a><\/h2>\n\n\n\n<p>Cette nouvelle forme de communication, assimilable \u00e0 la \u00ab&nbsp;<em>novlangue<\/em>&nbsp;\u00bb de G Orwell, est une forme langagi\u00e8re qui provient du discours du management dans les organisations priv\u00e9es mais aussi publiques, qui vise la conduite des individus dans les actions collectives. On en trouve de bons exemples dans la communication institutionnelle, autrement dit la communication des organisations qui vise \u00e0 promouvoir leur image en interne pour les salari\u00e9s, les actionnaires, et en externe pour les clients, les fournisseurs, les futurs salari\u00e9s, ou encore dans le discours des dirigeants et des managers.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>Ne voyez-vous pas que le v\u00e9ritable but du Novlangue est de restreindre les limites de la pens\u00e9e<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn20\">[20]<\/a>, \u00e9crit G. Orwell dans \u00ab&nbsp;1984&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9coder les messages de la \u00ab&nbsp;novlangue\u00bb, comme :<\/p>\n\n\n\n<ul><li>Des mots trompeurs, qui ont chang\u00e9 de sens et qui signifient souvent le contraire de ce qu\u2019ils exprimaient auparavant ;<\/li><li>Des mots subliminaux, qui sont utilis\u00e9s pour produire certains effets de r\u00e9pulsion ou d\u2019approbation chez le r\u00e9cepteur ;<\/li><li>Des mots marqueurs, qui expriment l\u2019id\u00e9ologie dominante ;<\/li><li>Des mots tabous, que l\u2019id\u00e9ologie dominante s\u2019efforce de supprimer ;<\/li><li>Des mots sid\u00e9rants, qui visent \u00e0 disqualifier les adversaires du Syst\u00e8me.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit d\u00e9sormais de consid\u00e9rer l\u2019image comme \u00ab <em>nouveau langage<\/em> \u00bb, comme une \u00ab <em>novlangue<\/em> \u00bb, au sens orwellien. Elle se substitue aux mots, aux r\u00e9cits, aux phrases. Des images \u00e9ph\u00e9m\u00e8res qui n\u2019ont, ni le temps, ni l\u2019espace de dire ou de raconter, comme une parole humili\u00e9e, dans le livre de J Ellul, \u00ab&nbsp;La parole humili\u00e9e&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn21\">[21]<\/a>. Des images qui ne sont plus des empreintes mais des passages, des fulgurances qui n\u2019ont pas le temps de penser la r\u00e9alit\u00e9 ni de la restituer. Un langage dont le contenu diffus est \u00e0 ce point al\u00e9atoire, source de confusion, \u00e0 la fois tr\u00e8s simple et irr\u00e9ductible \u00e0 cette simplicit\u00e9, qu\u2019il ne permet plus d\u2019\u00e9tablir des \u00e9changes en profondeur, n\u2019offrant qu\u2019une \u00ab <em>conversation<\/em> \u00bb en apparence.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous vivons l\u2019\u00e9poque de l\u2019hypermodernit\u00e9, dans laquelle la parole, qui a \u00e9t\u00e9 de tout temps l\u2019instance privil\u00e9gi\u00e9e de l\u2019homme pour communiquer dans un cadre de libert\u00e9 et de respect de l\u2019autre, <strong>est remplac\u00e9e par l\u2019image, puissance ali\u00e9nante, univoque, st\u00e9rilisante, incapable de communiquer la v\u00e9rit\u00e9,<\/strong> comme cit\u00e9 par J. Ellul&nbsp;: \u00ab <em>L\u2019image est du domaine de la r\u00e9alit\u00e9. Elle ne peut absolument pas transmettre quoi que ce soit de l\u2019ordre de la v\u00e9rit\u00e9. Elle ne saisit jamais qu\u2019une apparence, qu\u2019un comportement ext\u00e9rieur<\/em>. Deux raisons s\u2019imposent : le d\u00e9veloppement de la technique d\u2019une part, qui bouleverse les usages et le m\u00e9pris de la parole de l\u2019autre, gage de libert\u00e9, mais incompatible avec les exigences binaires de la soci\u00e9t\u00e9 num\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis les ann\u00e9es 1980, le discours manag\u00e9rial promeut une vision \u00e9conomique et entrepreneuriale de l\u2019humain au travail, \u00e0 la fois \u00ab <em>ressource humaine<\/em> \u00bb et \u00ab <em>entrepreneur de soi <\/em>\u00bb. C\u2019est l\u2019int\u00e9riorisation du discours manag\u00e9rial par les sujets qui le transforme en \u00ab&nbsp;<em>novlangue<\/em>&nbsp;\u00bb, au sens d\u2019Orwell. Elle a pour principal effet de susciter la confusion et d\u2019emp\u00eacher de penser.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, dans une organisation du sport, il est demand\u00e9 aux salari\u00e9s d\u2019\u00eatre \u00ab <em>responsables<\/em> \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais s\u2019agit-il d\u2019\u00eatre responsable au sens d\u2019une responsabilit\u00e9 \u00e9thique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de clients ou d\u2019usagers ? Ou bien s\u2019agit-il d\u2019\u00eatre responsable au sens de pr\u00e9server l\u2019image de l\u2019organisation ? Que faire si les deux sont incompatibles ?<\/p>\n\n\n\n<p>Et l\u2019injonction \u00e0 \u00eatre \u00ab <em>responsable<\/em> \u00bb peut amener les salari\u00e9s \u00e0 interpr\u00e9ter les difficult\u00e9s auxquelles ils sont confront\u00e9s comme des \u00e9checs personnels qu\u2019ils portent en responsabilit\u00e9, alors m\u00eame que ces difficult\u00e9s peuvent \u00eatre li\u00e9es \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments sur lesquels ils n\u2019ont pas de prise. Les expressions utilis\u00e9es par le discours manag\u00e9rial dessinent une grille de lecture qui emp\u00eache la contradiction et \u00e9crase la conflictualit\u00e9. Comment s\u2019opposer \u00e0 des appels aux valeurs telles que le \u00ab <em>respect<\/em> \u00bb ou la \u00ab <em>libert\u00e9<\/em> \u00bb qui pars\u00e8ment les discours des organisations et que mart\u00e8lent aussi les managers ? Ce sont des mots que personne ne peut rejeter.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les discours manag\u00e9riaux, l\u2019entreprise est mise au premier rang dans les priorit\u00e9s.Et cela est contenu dans la fa\u00e7on m\u00eame de l&rsquo;exprimer, avec notamment la formule suivante, <em>\u00ab les besoins des entreprises et les attentes des salari\u00e9s <\/em><strong>\u00bb<\/strong>, qui d\u00e9finit les objectifs \u00e0 atteindre. Le besoin, qui peut \u00eatre vital, para\u00eet urgent \u00e0 combler, alors que l\u2019attente peut se vivre sans \u00eatre imm\u00e9diatement satisfaite.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment interpr\u00e9ter ces incessantes formes de communication qui sous-tendent la spectacularisation du sport&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs lectures d\u2019articles sportifs nous fournissent des exemples de \u00ab&nbsp;<em>novlangue<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils font plaisir \u00e0 voir ces champions qui gagnent leur premi\u00e8re comp\u00e9tition tout en n\u2019ayant rien remport\u00e9 sur l\u2019ensemble des \u00e9preuves. \u00ab&nbsp;<em>Naissance d\u2019un champion<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;titre les m\u00e9dias&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Enfin une victoire&nbsp;!&nbsp;\u00bb pense le lecteur anonyme. Erreur, ils perdent avec panache&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Et donc, transformer une d\u00e9faite en victoire est tout un art \u2026 de la \u00ab&nbsp;<em>novlangue<\/em>&nbsp;\u00bb, mais est aussi tout un art pour cacher la d\u00e9b\u00e2cle.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Le sens des priorit\u00e9s est invers\u00e9&nbsp;!<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Gardons-nous aussi de la \u00ab&nbsp;<em>novlangue manag\u00e9riale&nbsp;\u00bb<\/em><strong>, <\/strong>symboles\u2019il en est de l\u2019entreprise et de l\u2019homme hypermoderne ! Il faut repenser les raisonnements et mettre les mots justes, comme par exemple, un \u00ab&nbsp;<em>plan de sauvegarde de l\u2019emploi<\/em>&nbsp;\u00bb qui est en r\u00e9alit\u00e9 un plan de licenciement, \u00ab&nbsp;<em>l\u2019optimisation fiscale<\/em> \u00bb, nouvelle version de l&rsquo;\u00e9vasion fiscale, et puis surtout les messages port\u00e9s comme les \u00ab&nbsp;<em>non-message<\/em>&nbsp;\u00bb que contiennent des expressions comme \u00ab&nbsp;<em>l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 prosp\u00e8re&nbsp;<\/em>\u00bb ou encore \u00ab&nbsp;<em>leader des produits pour la gestion d\u00e9mocratique des foules&nbsp;<\/em>\u00bb !!!&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Que penser alors des effets n\u00e9gatifs des m\u00e9dias sur le sport, la culture&nbsp;et le d\u00e9bat public?<\/p>\n\n\n\n<p>Cens\u00e9s nous informer, ils nous d\u00e9sinforment. Cens\u00e9s permettre les d\u00e9bats, ils nous pr\u00e9sentent toujours les m\u00eames opinions conformes. Cens\u00e9s organiser les d\u00e9bats contradictoires, ils invitent toujours les soi-disant m\u00eames experts, globalement d\u2019accord entre eux, comme les \u00ab&nbsp;Chiens de Garde&nbsp;\u00bb du sport, selon l\u2019expression de Paul Nizan. Cens\u00e9s nous \u00e9clairer, ils nous d\u00e9sorientent dans des discours st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s et partiaux. Cens\u00e9s \u00eatre objectifs, ils nous traduisent leurs pratiques sensationnalistes, en conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats permanents. Au lieu d\u2019\u00e9lever le niveau du d\u00e9bat sportif, d\u2019orienter la discussion argument\u00e9e sur les th\u00e8mes sociaux, \u00e9thiques, \u00e9ducatifs et \u00e9conomiques, essentiels du sport, ils transforment le d\u00e9bat en affrontement sur les sch\u00e9mas tactiques, justifi\u00e9s par les seules donn\u00e9es statistiques. Plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre les promoteurs d\u2019une culture sportive de qualit\u00e9, ils nous abreuvent de reportages insipides, multiplient les \u00e9missions sportives d\u00e9j\u00e0 vues et revues et d\u2019\u00e9changes entre experts sur des sujets totalement futiles. Toutes \u00e9missions \u00e0 caract\u00e8re un tant soit peu culturel, anim\u00e9es avec des d\u00e9bats contradictoires, compos\u00e9es aussi d\u2019acteurs hors du champ de l\u2019activit\u00e9 sportive se trouvent banni des \u00e9crans. Ils ont pour fonction de former l\u2019esprit critique, l\u2019analyse et le jugement, mais la logique de la marchandisation fait que la r\u00e9flexion est bien souvent d\u00e9laiss\u00e9e au profit de l\u2019\u00e9motion, de la \u00ab&nbsp;<em>peopolisation<\/em>&nbsp;\u00bb, de l\u2019argent des stars et des affaires \u00e0 sensation. A leur tour les m\u00e9dias sont gagn\u00e9s par la logique hypermoderne et peuvent favoriser tout \u00e0 la fois les comportements responsables et irresponsables, mais surtout an\u00e9antir toute libre pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme utiliser la communication sportive ? Jusqu\u2019o\u00f9 sont pr\u00eats \u00e0 aller les hommes et les femmes politiques pour augmenter leurs chances de gagner des \u00e9lecteurs et des \u00e9lectrices ? Dans un stade de football, autour du sport le plus populaire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00e9lange des genres est bien pr\u00e9sent, et la tendance est \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration. Les femmes et hommes politiques peuvent endosser le r\u00f4le de suiveurs, voire de sauveurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Parce qu&rsquo;il f\u00e9d\u00e8re l&rsquo;ensemble d&rsquo;une ville, d&rsquo;une agglom\u00e9ration, le football est logiquement devenu un instrument de manipulation par les puissante.s. Maires r\u00e9\u00e9lu\u00b7es ou battu\u00b7es. Plus personne ne peut en tout cas le laisser de c\u00f4t\u00e9, et encore moins dans la reconstruction du pays post-Covid.<\/p>\n\n\n\n<p>Les jeunes ne font pas du sport pour leur \u00e9panouissement, leur \u00e9volution ou leur r\u00e9ussite personnelle ; ils pratiquent un sport pour \u00eatre hypermodernes, semblables \u00e0 leurs idoles &#8211; sous-entendu&nbsp;: gagner beaucoup d\u2019argent et \u00eatre reconnus. Ils en oublient que pour devenir un champion, il faut en avoir la vocation et fournir des ann\u00e9es durant, une \u00e9norme quantit\u00e9 de travail. Amour et passion de ce que l\u2019on fait. La r\u00e9ussite en termes de performance n\u2019arrive qu\u2019ensuite, comme une cons\u00e9cration ou la validation d\u2019acquis.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, le conditionnement des organisations du sport est tout autre. Syst\u00e8me oblige, on confond sport et r\u00e9ussite financi\u00e8re. Les sportifs savent qu\u2019ils seront r\u00e9compens\u00e9s pour leurs r\u00e9sultats. Leur docilit\u00e9 peut ravir les institutions, les f\u00e9d\u00e9rations, les \u00e9lus du monde sportif ou politique, \u00ab <em>les m\u00e9c\u00e8nes<\/em> \u00bb ou \u00ab <em>les sponsors <\/em>\u00bb ; mais cela ne va pas sans poser de nombreuses questions au niveau \u00e9thique. <strong>Car, au-del\u00e0 de la r\u00e9alisation sportive, le r\u00f4le des organisations sportives est de permettre aux sportifs de se construire en tant qu\u2019individus capables de r\u00e9flexion et d\u2019adaptation<\/strong>. Il y va de leur autonomie. Or, on peut douter que les sportifs construits de toutes pi\u00e8ces par les m\u00e9dias soient capables de comprendre, de g\u00e9rer et d\u2019assimiler ce qui leur arrive \u00e0 travers une relative notori\u00e9t\u00e9 ou un enrichissement provisoire d\u00fb \u00e0 leurs succ\u00e8s passagers.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a>7.\u00a0\u00a0\u00a0 <u>Les illusions lib\u00e9rales et le pouvoir social<\/u><\/a>\u00a0\u00a0<\/h2>\n\n\n\n<p>Alexis de Tocqueville d\u00e9montre que le pr\u00e9suppos\u00e9 ultime de l\u2019id\u00e9e majoritaire est que \u00ab <em>le plus juste est dans le plus fort, le plus grand nombre<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn22\">[22]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9mocratie, le pouvoir central et les pouvoirs locaux ne sont que les instruments dociles du pouvoir social.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 que les individus ne peuvent pas se passer d\u2019opinions, il faut bien s\u2019en remettre \u00e0 d\u2019autres pour former nos jugements. Personne ne peut se passer d\u2019autorit\u00e9s intellectuelles et morales. Aucun homme n\u2019est dou\u00e9 aux yeux de l\u2019homme d\u00e9mocratique d\u2019une autorit\u00e9 naturelle et incontestable. Chacun pense \u00ab <em>je suis aussi bon qu\u2019un autre <\/em>\u00bb, je n\u2019ai donc pas \u00e0 me soumettre \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un autre. Dans ces conditions, \u00e0 qui l\u2019homme d\u00e9mocratique va-t-il s\u2019en remettre pour penser ? A l\u2019opinion ! C\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019opinion commune, puisque tout autre opinion a perdu toute cr\u00e9ance, tout titre d\u2019autorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le r\u00e9sultat est la soumission de tous\u2026 \u00e0 <em>tous<\/em> !<\/strong> Chacun est courtisan et courtis\u00e9, au sein de cette masse commune qui \u00ab vit dans une perp\u00e9tuelle adoration d\u2019elle-m\u00eame \u00bb. Chaque individu ob\u00e9it au \u00ab pouvoir social \u00bb en ne croyant ob\u00e9ir qu\u2019\u00e0 lui-m\u00eame, \u00e0 lui-m\u00eame en tant que membre de cette masse homog\u00e8ne, ce \u00ab conglom\u00e9rat de semblables \u00bb tenu pour la seule source de toute autorit\u00e9. En outre, cette disposition produit un go\u00fbt pour les mots abstraits et les id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales, exprimant le d\u00e9sir de trouver pour toutes choses des r\u00e8gles communes et d\u2019expliquer un ensemble de faits par une seule et unique cause. Ce \u00ab pouvoir social \u00bb produit donc un affadissement et un appauvrissement de la pens\u00e9e. Alors si toute l\u00e9gitimit\u00e9 se trouvant par hypoth\u00e8se dans le nombre, penser comme les autres, est donc l\u2019horizon de toutes les d\u00e9marches individuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Max Weber, le pouvoir signifie \u00ab&nbsp;<em>la probabilit\u00e9 d\u2019imposer sa volont\u00e9, dans une relation sociale, m\u00eame contre toute r\u00e9sistance et quelle que soit la base de cette probabilit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn23\">[23]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans ce cas, le pouvoir implique la capacit\u00e9 potentielle d\u2019imposer la volont\u00e9<\/strong> et peut se manifester de diff\u00e9rentes mani\u00e8res. Tandis que la domination, comprise comme une forme de demande\/ob\u00e9issance, serait le moyen le plus efficace d\u2019exprimer le pouvoir. <strong>L\u2019un des plus importants types de domination s\u2019appuie sur la l\u00e9gitimit\u00e9<\/strong>, qui est la croyance en la validit\u00e9 d\u2019un ordre ou d\u2019une relation sociale sp\u00e9cifique.<\/p>\n\n\n\n<p>Antonio Gramsci approfondit les th\u00e9ories du pouvoir social en d\u00e9montrant que \u00ab&nbsp;l\u2019h\u00e9g\u00e9monie culturelle&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn24\">[24]<\/a> que les classes dirigeantes parviennent \u00e0 exercer sur les classes populaires, \u00e0 travers le contr\u00f4le des m\u00e9dias, des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs, des institutions politiques, constituent le fondement du pouvoir social.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons pour exemple, l\u2019id\u00e9ologie n\u00e9olib\u00e9rale qui s\u2019est auto-institu\u00e9e comme seul syst\u00e8me d\u2019organisation \u00e9conomique possible. Il est le r\u00e9sultat d\u2019un long travail de conqu\u00eate des esprits depuis les cercles de r\u00e9flexion d\u2019\u00e9conomistes jusqu\u2019aux journalistes, hauts fonctionnaires, leaders d\u2019opinion, lobbys, m\u00e9dias et artistes qui imposent peu \u00e0 peu leurs principales id\u00e9es dans la sph\u00e8re culturelle, comme&nbsp;: \u00ab&nbsp;la comp\u00e9tition g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e est saine&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;le march\u00e9 s\u2019auto-r\u00e9gule&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;il faut limiter les d\u00e9penses publiques et baisser les imp\u00f4ts&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;l\u2019\u00c9tat est un mauvais gestionnaire&nbsp;\u00bb, etc. Toutes ces id\u00e9es se sont exprim\u00e9es avant de conna\u00eetre de nombreuses traductions politiques dans la plupart des nations occidentales, jusqu\u2019en en Chine.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment ne pas associer cette h\u00e9g\u00e9monie culturelle au sport, visualiser son application aux activit\u00e9s sportives&nbsp;? Ne voyons-nous pas que ces pratiques h\u00e9g\u00e9moniques ont envahi toute la sph\u00e8re sportive&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Sont en cause, les m\u00e9dias, les journalistes, les pr\u00e9tendus experts au service d\u2019un produit de marketing qu\u2019il s\u2019agit de vendre aux sponsors, aux spectateurs et aux futurs abonn\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est en effet aucunement besoin de pr\u00e9senter et d\u2019abreuver le grand public, na\u00eff ou connaisseur, des th\u00e9ories, des analyses de jeu complexe, argument\u00e9es seulement par des \u00e9tendues de chiffres et de strat\u00e9gies ind\u00e9chiffrables, avec pour seul objectif d\u2019assujettir le spectateur \u00e0 son programme ch\u00e8rement pay\u00e9, quand en v\u00e9rit\u00e9, les tactiques en place sont aussi pauvres et br\u00e8ves.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9closion des analyses chiffr\u00e9es a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 l\u2019apparition de praticiens, de sp\u00e9cialistes en tout genre, de pseudo-journalistes sportifs, de th\u00e9oriciens de tout, de m\u00e9dias attir\u00e9s par l\u2019argent, tous au service d\u2019un sport qu\u2019ils ont contribu\u00e9 \u00e0 amener dans l\u2019\u00e9tat o\u00f9 il se trouve.<\/p>\n\n\n\n<p>Port\u00e9s par la communication marketing, en utilisant les convoitises des sponsors, des consommateurs abonn\u00e9s ou spectateurs, en standardisant les orientations promues, les m\u00e9dias sportifs et leurs actionnaires ont cr\u00e9\u00e9, au sens de Herbert Marcuse, \u00ab <em>l\u2019homme unidimensionnel sportif&nbsp;\u00bb<\/em>.<a href=\"#_ftn25\">[25]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Les individus, acheteurs d\u2019abonnement de stade ou de programmes sportifs r\u00e9agissent comme des suiveurs de modes, et subissent une ali\u00e9nation r\u00e9elle devant un spectacle qu\u2019ils pensent extraordinaire parce qu\u2019on leur rebat les oreilles et emplit les yeux, et parce qu\u2019ils le paient chaque semaine, chaque mois ou \u00e0 la demande. Ces pr\u00e9sum\u00e9s journalistes et experts n\u2019agissent que comme des \u00ab <em>vendeurs<\/em> \u00bb de repr\u00e9sentations sportives, justifiant ainsi les co\u00fbts exorbitants des droits audiovisuels qu\u2019il faut bien replacer aupr\u00e8s des futurs abonn\u00e9s. Les conflits d\u2019influence apparaissent \u00e0 chaque \u00e9mission, \u00e0 chaque expression avec pour objectif de pr\u00e9senter le produit sportif dans son plus bel \u00ab <em>emballage<\/em> \u00bb m\u00e9diatique, dans la plus pure application des pratiques de communication publicitaire.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u00ab <em>L\u2019homme unidimensionnel sportif<\/em> \u00bb s\u2019est aussi appropri\u00e9 le monde de l\u2019esth\u00e9tique. Depuis la prise de pouvoir de l\u2019\u00e9conomie lib\u00e9rale, la culture sportive n\u2019a pour seul et unique objectif que de : <strong>proposer du d\u00e9rivatif<\/strong>. Il suffit de voir les usages intempestifs des supports sportifs, des \u00e9v\u00e8nements relatant les comp\u00e9titions qui sont destin\u00e9es \u00e0 la promotion publicitaire des biens de consommation et des marques de produits de grande diffusion.<em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La forme de pens\u00e9e promue par cette soci\u00e9t\u00e9 \u00e9conomico-sportive consid\u00e8re que toutes les r\u00e9flexions intellectuelles diff\u00e9rentes, toutes les prises de recul relatives \u00e0 la production de savoir ne sauraient remettre en cause l\u2019ensemble des discours ambiants. La forme du langage ainsi utilis\u00e9e, d\u00e9nu\u00e9e de toute charge n\u00e9gative, perp\u00e9tue des pratiques communicationnelles qui visent \u00e0 d\u00e9signer des mots, des expressions, des savoirs, orient\u00e9s vers une forme de jeu qui renvoie aux objectifs m\u00e9diatiques, et tue, de ce fait, toutes les pens\u00e9es critiques. Ainsi est cr\u00e9\u00e9 un univers d\u2019o\u00f9 sont exclues toutes les nouvelles id\u00e9es cens\u00e9es enrichir la vision critique de l\u2019environnement du sport.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre aspect de cet environnement du sport m\u00e9rite une attention particuli\u00e8re. La soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9diatique r\u00e9cente n\u2019a pas r\u00e9duit &#8211; elle a plut\u00f4t multipli\u00e9 &#8211; les fonctions parasitaires et ali\u00e9nantes : la publicit\u00e9, les relations publiques, la communication, l\u2019endoctrinement et le gaspillage organis\u00e9. Tous ces param\u00e8tres ne sont plus d\u00e9sormais que des d\u00e9penses improductives, mais elles int\u00e8grent les co\u00fbts productifs de base. Ce sont ces m\u00eames co\u00fbts que la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9diatique fait assumer, par duplicit\u00e9, aux futurs abonn\u00e9s modestes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>La pens\u00e9e unidimensionnelle<\/em> \u00bb est rationnellement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e par les faiseurs de politique sportive et par leurs fournisseurs d\u2019informations de masse, dans un univers sp\u00e9culatif, plein d\u2019hypoth\u00e8ses, qui trouvent en elles-m\u00eames leur justification et qui, r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de fa\u00e7on incessante et exclusive, fonctionnent comme des somnif\u00e8res de la pens\u00e9e, associ\u00e9es \u00e0 des formules sous forme de \u00ab <em>slogan<\/em> \u00bb publicitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>La pens\u00e9e individuelle, \u00ab <em>noy\u00e9e dans la communication de masse<\/em> \u00bb, selon Herbert Marcuse, comme une d\u00e9rive de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie culturelle, pointe ainsi le double r\u00f4le des m\u00e9dias : <strong>informer et\/ou divertir<\/strong>, <strong>conditionner et\/ou endoctriner<\/strong>. Les comportements et les pens\u00e9es \u00ab <em>s\u2019unidimensionnalisent<\/em> \u00bb par la publicit\u00e9, l\u2019industrie des loisirs et de l\u2019information. Les cons\u00e9quences sont des discours de journalistes, experts et autres conseillers qui nous vendent leurs conceptions, leurs strat\u00e9gies sportives et entretiennent ainsi le syst\u00e8me m\u00e9diatique dans une d\u00e9ch\u00e9ance culturelle qui r\u00e9sulte de la communication de masse. Celle-ci a \u00ab <em>marchandis\u00e9<\/em> \u00bb tous les domaines culturels mais aussi les diff\u00e9rents sports, et r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant tout pouvoir de subversion propre \u00e0 une autre vision du sport. Se pose alors la question de la production superflue, question la plus immorale, d\u00e9sormais identifi\u00e9e comme vitale pour attirer les futurs abonn\u00e9s t\u00e9l\u00e9spectateurs ou spectateurs dans les stades.<\/p>\n\n\n\n<p>N&rsquo;assistons-nous pas \u00e0 l\u2019apparition de ce que je nommerai comme <strong>(\u2026)<\/strong> \u00ab&nbsp;<em>les termes d\u2019un&nbsp; discours sportif con\u00e7us de mani\u00e8re \u00e0 emp\u00eacher de penser&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute l\u2019organisation m\u00e9diatique consiste \u00e0 obtenir le consentement des individus quel qu\u2019 en soit le prix \u00e0 payer. Il suffit pour cela de s\u2019attarder sur les conditions d\u2019obtention de celui-ci lors d\u2019une recherche sur internet. Pris pour un d\u00e9bile profond par le \u00ab&nbsp;<em>blabla<\/em>&nbsp;\u00bb incompr\u00e9hensible des pages d\u2019accueil relatives aux cookies, l\u2019internaute a le choix entre accepter cf. <em>\u00ab&nbsp;nous utilisons les cookies afin de vous offrir une exp\u00e9rience optimale et une communication pertinente sur nos sites<\/em>&nbsp;\u00bb (exp\u00e9rience et communication qui serait meilleure sans cette forme d\u2019accueil), ou bien refuser. Finalement, ce que l\u2019on attend de lui, c\u2019est son \u00ab&nbsp;<strong><em>con-sen-te-ment<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb \u00e0 ce que qu\u2019on lui pr\u00e9l\u00e8ve toutes ses donn\u00e9es personnelles. L\u2019internaute n\u2019a toujours pas compris que, sous pr\u00e9texte de respecter sa vie priv\u00e9e, on s\u2019appr\u00eate \u00e0 le fliquer afin communiquer, \u00e0 des partenaires, toutes ses informations et r\u00e9aliser des profits illicites sur le dos des individus.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces multiples r\u00e9flexions doivent \u00eatre men\u00e9es avec toutes les bonnes volont\u00e9s concern\u00e9es, sans parti pris, ouvertes sur les pratiques d\u2019autres horizons, et appuy\u00e9es par des consid\u00e9rations altruistes et g\u00e9n\u00e9reuses.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne sommes pas encore sortis de la pand\u00e9mie de SARS-CoV-2. Elle a d\u00e9j\u00e0 remis en cause les mod\u00e8les \u00e9conomiques install\u00e9s. Ses cons\u00e9quences futures vont remettre en cause tous les comportements pass\u00e9s et nous obliger \u00e0 repenser le futur de tout l\u2019environnement du sport, en reconstruisant de nouveaux projets centr\u00e9s autour d\u2019une vision qui devra, d\u2019abord, int\u00e9grer les dimensions de responsabilit\u00e9, soci\u00e9tale et durable autour d\u2019enjeux sportifs au service de ces missions-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans \u00ab&nbsp;Surveiller et punir&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn26\">[26]<\/a>, Michel Foucault a soutenu que le pouvoir est partout, parce qu\u2019il ne vient de nulle part. Le pouvoir est un rapport de force qui se produit dans une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9. Ainsi, le pouvoir, \u00e9tant le r\u00e9sultat des relations de pouvoir, est partout. Et les individus ne peuvent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme ind\u00e9pendants de ces relations.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa conception de la biopolitique, Michel Foucault consid\u00e8re que le biopouvoir est une pratique des \u00e9tats modernes par laquelle ils contr\u00f4lent la population. Le pouvoir moderne, selon l\u2019analyse de Foucault, est codifi\u00e9 dans les pratiques sociales et dans le comportement humain, \u00e0 mesure que les individus acceptent graduellement les subtiles r\u00e8gles et les attentes de l\u2019ordre social. C\u2019est la prise en compte progressive, par le pouvoir, de la vie de la population. Il s\u2019agit donc de souligner <strong>la surveillance individualisante<\/strong>, et de mettre en avant <strong>l&rsquo;\u00e9mergence d\u2019un pouvoir disciplinaire<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les organisations du sport, entreprises flexibles&nbsp; par excellence, avec des salari\u00e9s \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, dot\u00e9s de comp\u00e9tences portables, les collaborateurs n\u2019ont aucune raison objective de se faire confiance et de s\u2019avouer une d\u00e9pendance r\u00e9ciproque. La v\u00e9ritable communaut\u00e9 vient \u00e0 surgir quand les uns et les autres ont appris \u00e0 respecter leurs diff\u00e9rences au sein de conflits. Il convient d\u2019analyser, de comprendre, de faire r\u00e9cit sur ce qui nous arrive. Pour \u00eatre fiable vis-\u00e0-vis des autres, il faut que je me sente n\u00e9cessaire \u00e0 eux et il faut qu\u2019ils m\u2019expriment leur demande, qu\u2019ils me le fassent comprendre, et il faut qu\u2019ils soient dans un \u00e9tat de besoin pour le savoir et le comprendre<\/p>\n\n\n\n<p>Dans \u00ab La culture du nouveau capitalisme \u00bb<a href=\"#_ftn27\"><sup>[27]<\/sup><\/a>, Richard Sennet avance que les nouvelles organisations, sportives incluses, volatiles et flexibles exercent une contagion culturelle certaine. Elles sugg\u00e8rent une nouvelle formulation des comp\u00e9tences et des capacit\u00e9s personnelles reconnues. Elles induisent de nouvelles mani\u00e8res de consommer et en retour, les comportements consum\u00e9ristes influencent les modalit\u00e9s de l\u2019action politique. Face \u00e0 ce que l\u2019on pourrait nommer \u00ab <em>un capitalisme impatient<\/em> \u00bb, avec la fr\u00e9n\u00e9sie fluide des march\u00e9s et de la performance, la stabilit\u00e9 d\u00e9voile comme un signe de faiblesse. La beaut\u00e9 institutionnelle consistant \u00e0 pr\u00e9senter des signes de changement interne et de flexibilit\u00e9, \u00e0 appara\u00eetre comme une soci\u00e9t\u00e9 dynamique, quand bien m\u00eame la soci\u00e9t\u00e9 stable marchait parfaitement bien. Ce capitalisme impatient exerce une pression sur la vie quotidienne et trouve les nouvelles tendances chez les publicitaires, ces h\u00e9rauts qui les valorisent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la place des structures panoptiques d\u00e9crites par Michel Foucault dans \u00ab Surveiller et punir \u00bb<a href=\"#_ftn28\"><sup>[28]<\/sup><\/a> , de grosses structures \u00ab <em>enfermantes<\/em> \u00bb, avec des laissez-passer et des ordres militaires, un moulage peu r\u00e9versible de votre posture, surveill\u00e9 par un \u0153il patronal et un sup\u00e9rieur qui voit tout, ou croit tout voir, \u00e0 votre place, prolif\u00e8rent les structures momentan\u00e9es, organis\u00e9es en r\u00e9seautique, souples, hyperfluides, travaillant \u00e0 flux tendu pour des demandes versatiles, o\u00f9 vous \u00eates format\u00e9 pour un temps, au sein d\u2019un collectif relativement aplati, avec une id\u00e9ologie mystifiante de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et du r\u00e9sultat.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des organisations qui produisent, avec comme conditions initiales, \u00ab <em>l\u2019al\u00e9atisation<\/em> \u00bb, pour travailler au hasard des attentes des spectateurs, des sponsors et des sportifs, la \u00ab <em>casualisation <\/em>\u00bb, avec des \u00e9quipes form\u00e9es et dissoutes en fonction du profil des objectifs et des attentes. \u00c0 la place de la figure du sup\u00e9rieur surveillant, tr\u00f4ne d\u00e9sormais, l\u2019organisation, moule qui absorbe votre d\u00e9sir, qui va chercher et puiser, voire \u00e9puiser votre \u00e9nergie cr\u00e9atrice. Elle ne vous surveille pas, elle vous contr\u00f4le, elle ne vient pas chercher des gestes et des proc\u00e9dures pour un temps ind\u00e9fini jusqu\u2019\u00e0 votre mise \u00e0 la retraite, elle vient chercher et r\u00e9clamer le fond de votre d\u00e9sir productif et cr\u00e9atif.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019automation remplace autant des prestations intellectuelles que des t\u00e2ches r\u00e9p\u00e9titives et routini\u00e8res. La d\u00e9localisation et la recherche des profits par le recours au pr\u00e9cariat offre des emplois minables \u00e0 des salari\u00e9s surqualifi\u00e9s, comme pour les employ\u00e9s des centres d\u2019appel, pour les salari\u00e9s en CDD, pour les salari\u00e9s en CDI \u00e0 temps partiel, pour tous les auto entrepreneurs et bien s\u00fbr pour tous les stagiaires utilis\u00e9s comme de la main d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9 et captive. Le vieillissement, une faute, une tare, les employeurs n\u2019aiment pas conserver les collaborateurs qualifi\u00e9s, ayant une m\u00e9moire de l\u2019organisation et un amour du m\u00e9tier.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces nouveaux ensembles organis\u00e9s du capitalisme flexible, le m\u00e9tier semble devenir un obstacle. Avoir du m\u00e9tier, suppose que <strong>bien faire \u00e0 son importance<\/strong> et <strong>quand on comprend comment bien faire<\/strong>, <strong>plus on s\u2019en soucie<\/strong>. Ces organisations flexibles n\u2019aiment pas les salari\u00e9s obs\u00e9d\u00e9s par le bien faire. C\u2019est l\u00e0 une mani\u00e8re de faire qui s\u2019inscrit dans la dur\u00e9e et, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du court terme du consultant, qui est somm\u00e9 de faire des choses diff\u00e9rentes dans des d\u00e9lais tr\u00e8s courts<strong>. Les organisations flexibles ont besoin d\u2019individus qui puissent apprendre de nouvelles techniques plut\u00f4t que de s\u2019accrocher \u00e0 d\u2019anciennes comp\u00e9tences.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, si vous n\u2019atteignez pas les objectifs, vous int\u00e9riorisez l\u2019\u00e9chec et vous n\u2019\u00eates pas reconnu, et donc vous d\u00e9missionnez si vous avez de la dignit\u00e9. Rien ne vous oblige, mais comme c\u2019est vous qui aviez int\u00e9rioris\u00e9 ces objectifs pour \u00eatre reconnu, vous portez la responsabilit\u00e9 de votre d\u00e9faite.<\/p>\n\n\n\n<p>Michel Foucault, toujours dans \u00ab&nbsp;Surveiller et punir<em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn29\"><sup><strong><sup>[29]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a>, <\/em>d\u00e9finit les am\u00e9nagements de l\u2019espace par des techniques pour rendre les corps utiles, dociles et productifs&nbsp;lorsqu\u2019il \u00e9crit \u00ab&nbsp;<em>le corps ne devient force utile que s\u2019il devient productif et assujett<\/em>i&nbsp;\u00bb. Vous remplacez \u00ab <em>les corps<\/em> \u00bb par \u00ab <em>la psych\u00e9<\/em> \u00bb, autrement dit votre \u00e2me, ce qui donne&nbsp;: \u00ab <em>c\u2019est pour une bonne part, comme force productive que la psych\u00e9 est investie de rapports de pouvoir et de domination&nbsp;\u00bb <\/em>et on voit que la psych\u00e9 ne devient force utile que si elle devient \u00e0 la fois, \u00e9nergie productive et assujettie. On peut v\u00e9rifier, par la substitution des mots \u00ab&nbsp;<em>corps<\/em>&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;<em>psych\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb que, dans les entreprises hypermodernes, l\u2019id\u00e9ologie manag\u00e9riale associe le pouvoir manag\u00e9rial \u00e0 la mobilisation morale. <strong>Voil\u00e0 la d\u00e9construction du Capital Humain<\/strong>&nbsp;: <strong>canaliser l\u2019\u00e9nergie psychologique pour la transformer en force de travail au service de l\u2019entreprise<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans chaque type de soci\u00e9t\u00e9, l\u2019organisation est caract\u00e9ris\u00e9e par une certaine forme de techniques de pouvoir et de dispositifs permettant d\u2019en articuler le fonctionnement, en agen\u00e7ant l\u2019espace d\u2019une mani\u00e8re sp\u00e9cifique. Pour Michel Foucault, le dispositif caract\u00e9ristique des soci\u00e9t\u00e9s disciplinaires est celui du \u00ab&nbsp;<em>panoptique<\/em>&nbsp;\u00bb imagin\u00e9 par J\u00e9r\u00e9my Bentham, dont l\u2019architecture et le fonctionnement sert de mod\u00e8le aux institutions. Dans son livre \u00ab Surveiller et punir \u00bb, Michel Foucault consid\u00e8re que \u00ab <em>la prison ressemble aux usines, aux \u00e9coles, aux casernes, aux h\u00f4pitaux, qui tous ressemblent aux prisons<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn30\"><sup>[30]<\/sup><\/a>. Par son architecture, le panoptique organise l\u2019espace de telle sorte que le surveillant puisse voir le surveill\u00e9 sans que ce dernier puisse voir s\u2019il l\u2019est effectivement, ni voir les autres surveill\u00e9s. De ces jeux de regards rendus possibles par la simple architecture, \u00e9manent des relations de pouvoir capables d\u2019assujettir les individus, d\u2019automatiser et de d\u00e9sindividualiser le pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>On pr\u00e9sente souvent les stades de sport, du football en particulier, comme un laboratoire de la socialisation mais aussi de la r\u00e9pression, d\u2019un lieu de communion et de business, mais aussi de surveillance et de contr\u00f4le par son architecture panoptique, o\u00f9 aujourd\u2019hui aucun millim\u00e8tre de tribune n\u2019\u00e9chappe aux dizaines de cam\u00e9ras de surveillance. Berceau du football et de l\u2019architecture panoptique, il n\u2019est pas illogique que l\u2019Angleterre ait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9curseur en mati\u00e8re, \u00e0 la fois de maintien de l\u2019ordre, mais aussi de pratiques commerciales dict\u00e9es par les datas issues de la surveillance \u00e9lectronique. Pens\u00e9 \u00e0 la base pour canaliser la col\u00e8re sociale, le divertissement sportif au stade devient un des lieux de la transformation de l\u2019individu hypermoderne en objet de marketing.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec les soci\u00e9t\u00e9s de contr\u00f4le succ\u00e9dant aux soci\u00e9t\u00e9s disciplinaires, un autre dispositif a pris le relais du panoptique, r\u00e9investissant l\u2019espace d\u2019une mani\u00e8re analogue mais renouvel\u00e9e, r\u00e9formant les anciennes disciplines pour les adapter \u00e0 de nouveaux enjeux&nbsp;: \u00ab <em>l\u2019open space<\/em> \u00bb. Souvent compar\u00e9 au panoptique, l\u2019open space agence \u00e9galement l\u2019espace de sorte que les jeux de regards suffisent \u00e0 \u00e9tablir des relations de pouvoir. Cependant, il apporte une nouveaut\u00e9 radicale en ce que les surveill\u00e9s peuvent d\u00e9sormais, d\u2019une part se voir entre eux, et d\u2019autre part, observer les surveillants. La verticalit\u00e9 de la surveillance laisse ainsi davantage place \u00e0 une horizontalit\u00e9 du regard et du pouvoir, la surveillance unilat\u00e9rale du sup\u00e9rieur sur les salari\u00e9s de jadis laissant place \u00e0 une surveillance \u00e9galitaire de chacun par chacun, pouvant m\u00eame s\u2019\u00e9tendre, en droit, jusqu\u2019\u00e0 une surveillance des cadres par leurs subordonn\u00e9s. Les relations de pouvoir, loin de dispara\u00eetre dans cette architecture en apparence plus humaine, sont simplement redistribu\u00e9es afin de poursuivre plus efficacement des buts d\u2019une nature diff\u00e9rente. Le capitalisme \u00e0 l\u2019\u00e2ge de l\u2019ultralib\u00e9ralisme, cherche en effet d\u00e9sormais, moins \u00e0 se fonder sur la seule exploitation et la coercition des individus, que sur leur autonomie, leur initiative et leur cr\u00e9ativit\u00e9, et l\u2019open space est pens\u00e9 comme devant produire une telle subjectivation.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019open space constitue ainsi un mod\u00e8le th\u00e9orique g\u00e9n\u00e9ral, un dispositif exploit\u00e9 m\u00eame en d\u2019autres lieux que la seule entreprise, tout comme l\u2019architecture du panoptique des soci\u00e9t\u00e9s disciplinaires dessinait le m\u00e9canisme de pouvoir polyvalent dans toutes ses applications, r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les institutions. \u00c0 cette institutionnalisation de l\u2019open space et de la soci\u00e9t\u00e9 de contr\u00f4le utilisant essentiellement l\u2019outil informatique et les r\u00e9seaux sociaux comme instruments de surveillance, il appartient \u00e0 tous les individus de s\u2019opposer par des actes de micro-r\u00e9sistance, dont la finalit\u00e9 est de se soustraire non plus seulement au regard du seul surveillant, mais \u00e0 celui de tous et proc\u00e9der \u00e0 des activit\u00e9s de cryptage, brouillage, piratage, effacement, d\u00e9sabonnement. Nous devons int\u00e9rioriser que \u00ab <em>le pouvoir passe par les domin\u00e9s non moins que par les dominants <\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn31\"><sup>[31]<\/sup><\/a>, comme l\u2019analysait M. Foucault.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a>8.\u00a0\u00a0\u00a0 <u>Critiques de l\u2019individu hypermoderne<\/u><\/a><\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>\u00cates-vous complices de la folie actuelle des organisations qui ne pensent qu\u2019\u00e0 produire le plus possible et \u00e0 s\u2019enrichir le plus possible ? Votre t\u00e2che serait de leur pr\u00e9senter l\u2019addition n\u00e9gative, quelles \u00e9normes sommes de valeur int\u00e9rieure sont gaspill\u00e9es pour une fin aussi ext\u00e9rieure ! Mais qu\u2019est devenue votre valeur int\u00e9rieure si vous ne savez plus ce que c\u2019est que respirer librement ? Si vous n\u2019avez m\u00eame pas un minimum de ma\u00eetrise de vous-m\u00eame<\/em> ? \u00bb, F. Nietzsche dans \u00ab&nbsp;Aurore\u00bb<a href=\"#_ftn32\">[32]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais comme le pr\u00e9cisait aussi Tocqueville<a href=\"#_ftn33\">[33]<\/a>, en tuant par le travail les individualit\u00e9s, la soci\u00e9t\u00e9 nous fait rentrer dans la masse uniforme, \u00ab <em>d\u2019un troupeau d\u2019animaux timides et industrieux<\/em> \u00bb donc sans revendication, sans int\u00e9r\u00eat pour le politique, sans aspiration \u00e0 la libert\u00e9. Sans conscience, sans r\u00e9flexion, les individus, dans leur organisation sportive, se laisse manipuler par l\u2019autorit\u00e9 \u00e9conomique, l\u2019autorit\u00e9 m\u00e9diatique, l\u2019autorit\u00e9 politique, et comme ils le sont au travail, par l\u2019autorit\u00e9 hi\u00e9rarchique.<\/p>\n\n\n\n<p>Non seulement le travail consomme de l\u2019\u00e9nergie, mais en plus il consomme du temps \u00ab <em>du matin au soir <\/em>\u00bb. Pendant ce temps de travail, prenant une grande partie de la journ\u00e9e, les salari\u00e9s perdent leur \u00e9nergie, mais aussi leur autonomie. Ils sont \u00ab <em>brid\u00e9<\/em>s \u00bb.&nbsp; Ils sont en effet soumis \u00e0 des lois qui ne sont pas les leurs, qu\u2019ils n\u2019ont pas choisies, ni \u00e9rig\u00e9es. La loi des horaires impos\u00e9s, les lois du march\u00e9 qui les obligent \u00e0 un rendement et \u00e0 une rentabilit\u00e9, les lois des sup\u00e9rieurs hi\u00e9rarchiques, eux-m\u00eames soumis \u00e0 d\u2019autres lois, les lois de l\u2019organisation du travail, du groupe, de la communication. M\u00eame si l\u2019individu hypermoderne dispose d\u2019une certaine marge de man\u0153uvre, elle est limit\u00e9e, toujours dans le cadre de ces lois, et doit r\u00e9pondre \u00e0 des normes. Celui-ci est enti\u00e8rement d\u00e9termin\u00e9 de l\u2019ext\u00e9rieur et d\u00e9pend de l\u2019int\u00e9rieur. L\u2019individu se voit dicter ses lois de l\u2019ext\u00e9rieur. Ce qui par accoutumance, par r\u00e9p\u00e9tition et donc par habitude,le d\u00e9tourne de chercher \u00e0 se donner \u00e0 lui-m\u00eame ses propres lois. Soit par la raison, comme facult\u00e9 des principes moraux, soit par ses d\u00e9sirs, soit par ses volont\u00e9s, tout individu a le pouvoir de choisir sa voie. En soumettant l\u2019homme hypermoderne, toujours \u00e0 une l\u00e9gislation ext\u00e9rieure, on ne favorise ni son d\u00e9veloppement, ni son individualit\u00e9. Inutile qu\u2019il pense ce qu\u2019il veut ou d\u00e9sire, on pense pour lui, et cela au travail comme ailleurs. Car en effet, en l&rsquo;accoutumant \u00e0 une fausse autonomie au travail, on le pr\u00e9pare \u00e0 \u00eatre soumis ailleurs. Le conditionnement au travail, dans son organisation sportive, la n\u00e9gation de l\u2019individu au nom du groupe, du profit, de la performance, encore plus forte parmi les salari\u00e9s sans qualification, donc interchangeables, pr\u00e9pare \u00e0 l\u2019uniformisation sociale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, F. Nietzsche interroge aussi les v\u00e9ritables causes de la \u00ab <em>glorification<\/em> \u00bb du travail. Pour lui, il y a plus qu\u2019un simple enjeu \u00e9conomique ou un particularisme historique, il y a d\u2019autres raisons plus g\u00e9n\u00e9rales et durables sous-jacentes au probl\u00e8me. Derri\u00e8re cette louange int\u00e9ress\u00e9e du travail se cache <em>\u00ab la peur de tout ce qui est individuel<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn34\">[34]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>De qui a-t-on peur ?<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Toute soci\u00e9t\u00e9, quelle qu\u2019elle soit, fonctionne sur une n\u00e9gation de l\u2019individu pour assurer l\u2019unit\u00e9 sociale, et pr\u00e9f\u00e8re ainsi \u00e0 l\u2019originalit\u00e9 dangereuse car ing\u00e9rable, source de conflits et de r\u00e9voltes, l\u2019uniformit\u00e9. Dans une telle soci\u00e9t\u00e9, l\u2019individu devient synonyme d\u2019\u00e9go\u00efsme, d\u2019insociabilit\u00e9, per\u00e7u comme difficile \u00e0 g\u00e9rer, \u00e0 manipuler, \u00e0 contr\u00f4ler et \u00e0 oppresser. Mais l\u2019homme hypermoderne, acteur social, contribue \u00e0 une nouvelle forme de soumission volontaire par son d\u00e9sir de toute-puissance que l\u2019individu croit poursuivre par son travail, qui le ram\u00e8ne \u00e0 accepter l\u2019uniformit\u00e9 de sa condition sociale, contraire \u00e0 la r\u00e9alisation de soi, oubliant sa propre libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce qui donne le sens \u00e0 la valeur du travail, c\u2019est moins ce que l\u2019on fait au travail que le but que l\u2019on poursuit en travaillant<\/strong>. \u00catre exigeant sur le but rendra exigeant au travail. Et c\u2019est parce qu\u2019elle conna\u00eet les hommes et leurs int\u00e9r\u00eats que la soci\u00e9t\u00e9 utilise le travail, et ainsi asservit ceux qui le sont d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 et au gain, <strong>faisant de l\u2019individu hypermoderne la caricature de sa propre ali\u00e9nation.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La commercialisation des modes de vie ne rencontre plus de r\u00e9sistances structurelles, culturelles ou id\u00e9ologiques, dans laquelle les sph\u00e8res de la vie sociale et de la vie individuelle sont r\u00e9organis\u00e9es en fonction de la logique de la consommation. Son emprise ne cesse de progresser, avec le principe du libre-service, la recherche d\u2019\u00e9motions et de plaisirs, le calcul utilitariste et la superficialit\u00e9 des liens qui semblent avoir contamin\u00e9 l\u2019ensemble du corps social.<\/p>\n\n\n\n<p>Les sociologues, qui ont fait des courses extr\u00eames leur objet de recherche y ont vu un avatar de l&rsquo;individu hypermoderne, agent de sa propre vie, caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;exc\u00e8s, la performance et l&rsquo;intensit\u00e9, un instrument d&rsquo;h\u00e9ro\u00efsation et un moyen d&rsquo;accomplissement personnel.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9preuve reine de la discipline, l&rsquo;UTMB (Ultra-Trail du Mont-Blanc), g\u00e9ant encombrant \u2013 10 000 participants et environ 50 000 visiteurs \u2013 repr\u00e9sente la quintessence de l\u2019individu hypermoderne. H\u00e9ro\u00efsme de masse, crainte de l&rsquo;anonymat et de l&rsquo;indiff\u00e9renciation, c\u00f4toie une image de la dissidence construite autour d\u2019un imaginaire qui valorise la course plaisir, la libert\u00e9, le d\u00e9pouillement, le refus de la soumission \u00e0 un ordre mercantile. Simultan\u00e9ment, les petits \u00ab <em>c<\/em> \u00bb du copyright, marques d\u00e9pos\u00e9es partout, sources de toutes les d\u00e9rives de cet engouement, qui poussent \u00e0 consommer de fa\u00e7on abondante, cr\u00e9ent des relations sociales artificielles, puisque r\u00e9gies par les lois de l&rsquo;argent. La course de trail est une pratique consum\u00e9riste, m\u00eame le plus fauch\u00e9 des coureurs participe \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de consommation en achetant un dossard.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monde du savoir lui-m\u00eame n\u2019y \u00e9chappe pas. Les universit\u00e9s, \u00e0 leur tour, se sont mises \u00e0 l\u2019heure de la consommation&nbsp;: en d\u00e9laissant la recherche fondamentale pour la recherche appliqu\u00e9e et les profits \u00e0 court terme qu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re, en se lan\u00e7ant dans une guerre impitoyable o\u00f9 les \u00e9tudiants sont con\u00e7us comme des clients qu\u2019il faut attirer puis satisfaire, en valorisant sur ses campus l\u2019h\u00e9donisme et le go\u00fbt de la f\u00eate plut\u00f4t que d\u2019insister sur des valeurs comme le travail et l\u2019effort personnel.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a>9.\u00a0\u00a0\u00a0 <u>Conclusion<\/u><\/a><\/h2>\n\n\n\n<p>Je proposerai en conclusion, comment r\u00e9pondre \u00e0 cette illusion de la libert\u00e9 qui nous est propos\u00e9e, qui nous est impos\u00e9e par l\u2019environnement organisationnel afin de se r\u00e9approprier une autonomie librement consentie.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans \u00ab&nbsp;La peur de la libert\u00e9&nbsp;\u00bb <a href=\"#_ftn35\">[35]<\/a> d\u2019Erich Fromm, ce livre m\u2019a sembl\u00e9 relever d\u2019une pens\u00e9e sociale pr\u00e9existante, introduisant un tournant dans la fa\u00e7on de penser la libert\u00e9, par une \u00e9mancipation au regard des contingences soci\u00e9tales. Il s\u2019agissait de quelque chose de similaire avec la notion de \u00ab <em>forcer<\/em> \u00bb les gens \u00e0 la libert\u00e9, constituant les bases d\u2019un caract\u00e8re et d\u2019un processus social.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 travers toutes les difficult\u00e9s, les \u00e9preuves, le manque de reconnaissance, de respect et malgr\u00e9 tous ces obstacles, qu\u2019il faut conserver intacte toute sa dignit\u00e9, son courage, son honn\u00eatet\u00e9, sa bienveillance, sa sensibilit\u00e9 et sa perfectibilit\u00e9 que l\u2019on retrouve toujours chez d\u2019innombrables contemporains.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette illusion de la libert\u00e9 conduit \u00e0 un syst\u00e8me organisationnel inintelligent et inintelligible qui n\u2019est pas au service des salari\u00e9s et des individus. Non seulement ceux-ci ne poss\u00e8dent aucun contr\u00f4le sur le potentiel \u00e9conomique qu\u2019ils doivent nourrir de leur force, mais combien ont une petite chance de mettre en \u0153uvre leur libert\u00e9, leur initiative et leur spontan\u00e9it\u00e9 dans leur travail ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ils sont \u00ab <em>employ\u00e9s<\/em> \u00bb, du mot latin \u00ab&nbsp;<em>implicare<\/em>&nbsp;\u00bb soit au sens propre \u00ab <em>plier dans<\/em> \u00bb, traduisant tout ce qu\u2019on attend d\u2019eux et qu\u2019ils remplissent leur charge de travail. Il est de la premi\u00e8re importance de restituer aux individus leurs identit\u00e9s et leurs capacit\u00e9s cr\u00e9atrices dans l\u2019environnement \u00e9conomique, afin de devenir un \u00e9l\u00e9ment responsable et collaboratif. On per\u00e7oit clairement que la question sociale ne peut \u00eatre r\u00e9solue seulement, par des moyens politiques et \u00e9conomiques, mais par la participation active des salari\u00e9s dans la d\u00e9termination de leur existence, dans les organisations du sport. &nbsp;L\u2019acte formel d\u2019approuver des d\u00e9cisions garde sa valeur, mais c\u2019est notre activit\u00e9 quotidienne, notre travail et nos rapports sociaux qu\u2019il faut revaloriser.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec \u00ab&nbsp;<a>La peur de la libert\u00e9&nbsp;<\/a>\u00bb, Erich Fromm fut le premier psychologue \u00e0 d\u00e9montrer, dans les ann\u00e9es trente, que l\u2019exigence de pouvoir dominait et structurait alors tous les domaines de la vie des individus. Ce que l\u2019on d\u00e9signe commun\u00e9ment par le terme \u00ab&nbsp;<em>d\u2019ann\u00e9e&nbsp;68<\/em>&nbsp;\u00bb, doit \u00eatre compris comme une protestation contre cette tendance autoritaire d\u2019une supr\u00e9matie de l\u2019id\u00e9ologie du marketing communicationnel.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand aujourd\u2019hui, tout un chacun parle de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre adaptable, flexible ou mobile, ou encore, lorsqu\u2019on dit qu\u2019il faut avoir un ego fort ou un caract\u00e8re marqu\u00e9, lorsqu\u2019au lieu d\u2019\u00eatre sensible, il faut \u00eatre sentimental et cool, ces qualit\u00e9s sont actuellement devenues les valeurs directrices de l\u2019homme hypermoderne parce qu\u2019elles comptent parmi les conditions incontournables du succ\u00e8s du marketing, et parce que le marketing est devenu le principe structurant de presque tous les domaines de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce ne sont ni l\u2019individu, ni le contenu r\u00e9el qui importent, mais l\u2019objectif \u00e0 atteindre et sa mise en sc\u00e8ne. Ce ne sont pas les donn\u00e9es factuelles qui font avancer et apportent le succ\u00e8s, mais ce qui peut \u00eatre produit et sugg\u00e9r\u00e9. C\u2019est ainsi que l\u2019id\u00e9ologie du marketing conduit de fait \u00e0 une d\u00e9valorisation de l\u2019\u00eatre humain et de son v\u00e9cu authentique. Ce manque d\u2019\u00eatre soi-m\u00eame et de v\u00e9cu personnel, le psychisme humain tente de les compenser de diff\u00e9rentes fa\u00e7ons. Fromm a mis en \u00e9vidence quelques-unes des tentatives de compensation. Une des formes privil\u00e9gi\u00e9es de la compensation est aujourd\u2019hui encore la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab&nbsp;<em>l\u2019avoir&nbsp;<\/em>\u00bb plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 \u00ab&nbsp;<em>l\u2019\u00eatre<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019en 1976, E. Fromm pr\u00e9senta l\u2019alternative \u00ab&nbsp;Avoir ou \u00catre&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn36\">[36]<\/a> dans un livre \u00e9ponyme, elle fut d\u2019abord comprise \u00e0 tort comme un appel au renoncement, \u00e0 la non-possession. Mais elle ne rev\u00eat sa v\u00e9ritable signification que par la perte de soi-m\u00eame, r\u00e9sultant du renforcement de l\u2019id\u00e9ologie du marketing. <strong>Cette perte d\u2019identit\u00e9<\/strong>, cette sorte de&nbsp;<strong>perte de soi<\/strong> est v\u00e9cue aujourd\u2019hui par beaucoup comme un <strong>sentiment de vide int\u00e9rieur<\/strong> et un <strong>besoin permanent d\u2019appropriation<\/strong>. C\u2019est pourquoi la tendance \u00e0 <strong>l\u2019<em>AVOIR<\/em> <\/strong>est consid\u00e9r\u00e9e comme sup\u00e9rieure \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 <strong>l\u2019<em>\u00caTRE<\/em>&nbsp;:<\/strong> on substitue la volont\u00e9 d\u2019avoir \u00e0 la volont\u00e9 d\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les progr\u00e8s des techniques num\u00e9riques et m\u00e9diatiques, associ\u00e9s \u00e0 l\u2019industrie du divertissement ont donn\u00e9 une fabuleuse force de s\u00e9duction \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de la r\u00e9alit\u00e9, au d\u00e9triment de la perception du r\u00e9el avec tout ce qu\u2019elle comporte de difficult\u00e9, de souffrance et d\u2019insucc\u00e8s. Soci\u00e9t\u00e9 de divertissement, soci\u00e9t\u00e9 du sensationnel, soci\u00e9t\u00e9 d\u2019information, soci\u00e9t\u00e9 du spectacle, quelle que soit la terminologie \u00e0 la mode aujourd\u2019hui, tous ces termes reposent essentiellement sur la mise en sc\u00e8ne de la r\u00e9alit\u00e9. Le cybermonde est \u00ab&nbsp;<em>in<\/em>&nbsp;\u00bb parce que la r\u00e9alit\u00e9 que l\u2019on a fabriqu\u00e9e est consid\u00e9r\u00e9e comme plus vraie et plus parfaite que la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>G. Orwell, dans \u00ab&nbsp;1984&nbsp;\u00bb, d\u00e9crit un monde totalitaire au sein duquel la v\u00e9rit\u00e9 est continuellement remise en question, produisant une distinction entre la v\u00e9rit\u00e9 et la fiction superflue. Cette v\u00e9rit\u00e9 est abolie par les exigences de conformisme et d\u2019utilit\u00e9. Les manipulations m\u00e9diatiques, appuy\u00e9es par les pouvoirs organisationnels l\u2019ont jug\u00e9 inappropri\u00e9e et ont abrog\u00e9 l\u2019id\u00e9e m\u00eame de v\u00e9rit\u00e9. Les discours desdits \u00ab&nbsp;<em>experts&nbsp;sportifs<\/em>&nbsp;\u00bb profanateurs de mensonges par omission ou par incomp\u00e9tence, tirent parti de nos faiblesses&nbsp;: nous sommes psychologiquement dispos\u00e9s \u00e0 user de tous les stratag\u00e8mes pour accepter toutes les d\u00e9clarations ferventes. Dans \u00ab&nbsp;Humain, trop humain&nbsp;\u00bb (1878)<a href=\"#_ftn37\">[37]<\/a>, Nietzsche entrevoyait <em>\u00ab&nbsp;le go\u00fbt du vrai allait dispara\u00eetre au fur et \u00e0 mesure qu\u2019il nous garantirait moins de plaisir&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nous y sommes, me semble-t-il&nbsp;! Nous continuons d\u2019affirmer que nous aimons et d\u00e9sirons la v\u00e9rit\u00e9, mais en r\u00e9alit\u00e9, il arrive que nous nous montrions forts enclins \u00e0, spontan\u00e9ment, \u00e9noncer fausses les id\u00e9es vraies qui sont contraires \u00e0 notre conformisme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re la faveur grandissante accord\u00e9e \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de la r\u00e9alit\u00e9, et en particulier \u00e0 la mise en sc\u00e8ne d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 virtuelle, se cache une d\u00e9tresse croissante, celle de ne plus vouloir ou pouvoir percevoir ce qu\u2019il y a de difficult\u00e9, de frustration, de souffrance, d\u2019\u00e9chec ou de destruction dans la relation avec la r\u00e9alit\u00e9 et avec soi-m\u00eame. De moins en moins d\u2019individus sont pr\u00eats \u00e0 supporter les ambivalences et les frustrations, et donc \u00e0 accepter que nous soyons \u00e0 la fois nantis et en \u00e9chec, que la r\u00e9alit\u00e9 qui nous entoure soit \u00e0 la fois belle et mena\u00e7ante, que d\u2019autres \u00eatres humains soient pour nous sources de bonheur et de m\u00e9pris.<\/p>\n\n\n\n<p>La capacit\u00e9 \u00e0 supporter l\u2019ambivalence de la r\u00e9alit\u00e9 et de notre propre vie est un signe de maturit\u00e9 psychologique&nbsp;; elle caract\u00e9rise l\u2019\u00e9tat adulte.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand, de nos jours, de plus en plus de gens pr\u00e9f\u00e8rent la mise en sc\u00e8ne virtuelle de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 vraie mais ambivalente, cela conduit \u00e0 un affaiblissement significatif des fonctions dites \u00ab&nbsp;<em>du moi<\/em>&nbsp;\u00bb et par l\u00e0 m\u00eame, \u00e0 de graves d\u00e9ficits psychiques. Une des fonctions importantes de notre \u00ab&nbsp;<em>moi<\/em>&nbsp;\u00bb est, par exemple, le contr\u00f4le de la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire la capacit\u00e9 \u00e0 distinguer ce qui est effectivement donn\u00e9 de ce qui rel\u00e8ve de nos aspirations et de nos r\u00eaves. Si le contr\u00f4le de la r\u00e9alit\u00e9 ne fonctionne plus, il est impossible de distinguer nettement le possible du probable, et l\u2019on se sent alors menac\u00e9 par tout un chacun, ou bien on est gouvern\u00e9 par des pulsions non adapt\u00e9es \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et l\u2019on se sent compl\u00e8tement impulsif.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, les souhaits et les besoins ne sont aucunement l\u2019expression de la spontan\u00e9it\u00e9 mais d\u2019une incapacit\u00e9 \u00e0 mesurer ses d\u00e9sirs aux exigences de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre fonction du \u00ab&nbsp;<em>moi&nbsp;<\/em>\u00bb est de pouvoir diff\u00e9rer la satisfaction d\u2019un besoin. Or celui qui opte pour la mise en sc\u00e8ne de la r\u00e9alit\u00e9 virtuelle pourra toujours tout obtenir imm\u00e9diatement. De plus, la pr\u00e9f\u00e9rence accord\u00e9e \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de la r\u00e9alit\u00e9 a pour cons\u00e9quence l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 supporter l\u2019\u00e9chec. Or la capacit\u00e9 \u00e0 surmonter les frustrations est une des conditions n\u00e9cessaires \u00e0 toute vie en soci\u00e9t\u00e9, elle est donc une fonction indispensable du <em>\u00ab&nbsp;moi<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 psychologique est que l\u2019ambivalence de toute exp\u00e9rience de la r\u00e9alit\u00e9 est d\u2019autant mieux support\u00e9e et surmont\u00e9e que nous sommes plus aptes \u00e0 vivre en fonction de nous-m\u00eames et \u00e0 voler de nos propres ailes. Celui qui sait vivre selon ses propres capacit\u00e9s ressent mieux la stabilit\u00e9 de son <em>\u00ab&nbsp;moi<\/em>&nbsp;\u00bb et se comporte mieux face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Il peut supporter plus facilement les \u00e9checs et mieux accepter la finitude.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son premier ouvrage \u00ab&nbsp;La peur de la libert\u00e9&nbsp;\u00bb, E. Fromm avait montr\u00e9 que les hommes, dont le \u00ab&nbsp;<em>moi&nbsp;<\/em>\u00bb est affaibli, compensent ce manque en \u00e9laborant des \u00ab&nbsp;<em>pseudo-r\u00e9alit\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb. De fa\u00e7on provocante, on pourrait dire aujourd\u2019hui que la r\u00e9alit\u00e9 qui nous est pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 travers le marketing communicationnel et les m\u00e9dias conduit \u00e0 une hypnose collective, et qu\u2019il n\u2019est pratiquement plus possible de d\u00e9terminer si ce que la majorit\u00e9 pense ou ressent est le produit d\u2019une hypnose de masse ou le r\u00e9sultat d\u2019une connaissance vraie de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le concept de narcissisme, mis en avant par E. Fromm, c\u2019est-\u00e0-dire du besoin qu\u2019ont les hommes de compenser leur impuissance et leurs faiblesses en fantasmant sur leur propre grandeur ou sur la grandeur de certains aspects d\u2019eux-m\u00eames, permet de d\u00e9montrer que les groupes tendent justement \u00e0 compenser leur sentiment d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 par des fantasmes collectifs de grandeur narcissique.<\/p>\n\n\n\n<p>La compensation narcissique fait dispara\u00eetre toute forme de proximit\u00e9 et toute solidarit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des autres, ceux-ci sont au contraire v\u00e9cus comme une menace &#8211; \u00e0 une exception toutefois&nbsp;: quand l\u2019un ou l\u2019autre partage, favorise, refl\u00e8te ou ajoute au sentiment de la grandeur de l\u2019\u00eatre narcissique. Les autres ne sont accept\u00e9s de lui qu\u2019en tant que groupes d\u2019adorateurs ou <em>\u00ab&nbsp;fan-clubs<\/em>&nbsp;\u00bb, esclaves ou miroirs de sa propre grandeur. Tant qu\u2019ils satisfont \u00e0 cette fonction et participent \u00e0 l\u2019accroissement de la glorification personnelle de l\u2019\u00eatre narcissique, leur pr\u00e9sence est appr\u00e9ci\u00e9e et ils vont jusqu\u2019\u00e0 recevoir quelques miettes de sa propre splendeur. Mais qu\u2019ils se r\u00e9v\u00e8lent critiques, susceptibles de dire du mal de son parti, de penser et d\u2019agir par eux-m\u00eames ou d\u2019\u00e9prouver des sentiments personnels, ils sont aussit\u00f4t rel\u00e9gu\u00e9s au fin fond du d\u00e9sert.<\/p>\n\n\n\n<p>Jamais la soci\u00e9t\u00e9 du sport n\u2019a pr\u00f4n\u00e9 autant d\u2019autonomie et de libert\u00e9 individuelle&nbsp;: elles peuvent s\u2019exercer aupr\u00e8s de tous les acteurs du sport. Jamais son destin ne s\u2019est trouv\u00e9 autant li\u00e9 aux comportements des acteurs qui la composent. C\u2019est pourquoi la responsabilisation du plus grand nombre peut seule nous garder de projets et de mod\u00e8les sportifs mortif\u00e8res. Sans responsabilisation aucune, les d\u00e9clarations d\u2019intentions vertueuses et de toutes les bonnes volont\u00e9s, b\u00e9n\u00e9voles ou non, d\u00e9nu\u00e9es d\u2019effets pragmatiques ne suffiront pas. Valoriser l\u2019intelligence des \u00eatres humains, mobiliser les institutions et nous pr\u00e9parer aux probl\u00e8mes du pr\u00e9sent et de l\u2019avenir dessinent les conditions des changements de paradigme de l\u2019environnement du sport. Sera collective la responsabilisation qui s\u2019exercera dans tous les domaines du pouvoir et du savoir sportif. Mais elle sera aussi individuelle, car il nous reviendra en dernier lieu d\u2019assumer notre autonomie que l\u2019hypermodernit\u00e9 nous a l\u00e9gu\u00e9e pour comprendre que le futur n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 autant d\u00e9termin\u00e9 par les d\u00e9cisions du pr\u00e9sent que nous choisirons de prendre ou de ne pas prendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les individus hypermodernes \u00ab <em>pratiquant l\u2019objectivit\u00e9 \u00e9rudite<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn38\">[38]<\/a> et contemplant leur propre contemplation feraient bien de se souvenir de l\u2019avertissement du jeune Marx&nbsp;: \u00ab <em>la question de savoir s\u2019il y a lieu de reconna\u00eetre \u00e0 la pens\u00e9e humaine une v\u00e9rit\u00e9 objective n\u2019est pas une question th\u00e9orique, mais une question pratique. C\u2019est dans la pratique qu\u2019il faut que l\u2019homme prouve la v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire la r\u00e9alit\u00e9 et la puissance de sa pens\u00e9e dans ce monde et pour notre temps <\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn39\">[39]<\/a>. Or, la pratique d\u2019observations critiques du sport ne consiste pas seulement, \u00e0 publier des ouvrages savants sur l\u2019histoire du sport et de l\u2019olympisme, des th\u00e8ses universitaires que personne ne conna\u00eet, des \u00e9tudes \u00e9conomiques financ\u00e9es par les institutions elles-m\u00eames, en dehors de toute objectivit\u00e9 ; mais en revanche \u00e0 participer concr\u00e8tement \u00e0 la r\u00e9flexion critique des organisations du sport, de ses institutions, de ses dirigeants, des enjeux sociaux, des orientations&nbsp; \u00e9ducatives et des m\u00e9dias du sport afin d\u2019initier des d\u00e9bats et d\u2019imaginer d\u2019autres alternatives \u00e9conomiques et sociales r\u00e9pondant aux attentes de tous les individus passionn\u00e9s par cet environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le futur de l\u2019hypermodernit\u00e9 se joue l\u00e0&nbsp;: dans sa capacit\u00e9 \u00e0 faire triompher l\u2019\u00e9thique de la responsabilit\u00e9 sur les comportements irresponsables, \u00e0 retrouver le sens des actions, \u00e0 refuser de la marchandisation incontr\u00f4l\u00e9e, \u00e0 int\u00e9grer les dimensions soci\u00e9tales et \u00e0 promouvoir une vision durable des projets.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut vite remplacer la formule \u00ab&nbsp;<em>Aie le courage d\u2019\u00eatre toi-m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb par la maxime des Lumi\u00e8res \u00ab&nbsp;<em>Sapere aude<\/em>&nbsp;\u00bb &#8211; \u00ab&nbsp;<em>Aie le courage de te servir de ton entendement<\/em> !&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a>10. <u>Bibliographie \u2013 Ouvrages cit\u00e9s<\/u><\/a><\/h2>\n\n\n\n<ul><li>ARENDT HANNAH, La condition de l&rsquo;homme moderne, 1958<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>BOLTANSKI Luc, CHIAPELLO \u00c8ve, Le nouvel esprit du capitalisme, 1999<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>CASTEL Robert, L&rsquo;individu hypermoderne, 2006, La face cach\u00e9e de l&rsquo;individu hypermoderne : l&rsquo;individu par d\u00e9faut (pages 117 \u00e0 128)<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>DE GAULEJAC Vincent, \u00ab L&rsquo;id\u00e9ologie manag\u00e9riale comme perversion sociale \u00bb, in Perversions, \u00e9r\u00e8s, p. 189-206, 2006<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>DE GAULEJAC Vincent, \u00ab L&rsquo;injonction d&rsquo;\u00eatre sujet dans la soci\u00e9t\u00e9 hypermoderne : la psychanalyse et l&rsquo;id\u00e9ologie de la r\u00e9alisation de soi-m\u00eame \u00bb, Revue fran\u00e7aise de psychanalyse 4\/2011<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>DE TOCQUEVILLE Alexis, De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Livre I 1835, Livre II 1840<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>DEBORD Guy, La soci\u00e9t\u00e9 du spectacle, 1967<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>ELLUL Jacques, La parole humili\u00e9e, 1981<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>FERRY Luc, L\u2019innovation destructrice, 2014<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>FOUCAULT Michel, Surveiller et punir \u2013 Naissance de la prison, 1975<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>FOUCAULT Michel. Naissance de la biopolitique. Cours au Coll\u00e8ge de France 1978-1979, Paris, Gallimard, 2004<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>FROMM Erich, Avoir ou \u00eatre : un choix dont d\u00e9pend l&rsquo;avenir de l&rsquo;homme, (\u00ab Titre original : To have or to be ? \u00bb1976)<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>FROMM Erich, La Peur de la libert\u00e9, (titre original : Escape from Freedom, \u00e9galement connu sous le nom de The Fear of Freedom), 1941<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>GRAMSCI Antonio. Cahiers de prisons, 1948<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>LIPOVETSKY G, Charles S. Les temps hypermodernes; 2004<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>LUK\u00c0CS Georg, Histoire et conscience de classe. Essais de dialectique marxiste, Paris, Les \u00c9ditions de Minuit, 1960, p. 65<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>LYOTARD Jean-Fran\u00e7ois, L\u2019Inhumain, 1998<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>LYOTARD Jean-Fran\u00e7ois, La Condition postmoderne : Rapport sur le savoir, 1979<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>MARCUSE Herbert, L\u2019homme unidimensionnel, Essai sur l&rsquo;id\u00e9ologie de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle avanc\u00e9e1, publi\u00e9 en anglais en 1964 aux \u00c9tats-Unis puis, traduit de l&rsquo;anglais par Monique Wittig et l&rsquo;auteur en fran\u00e7ais, en 1968 en France<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>MARCUSE Herbert. L\u2019homme unidimensionnel &#8211; Essai sur l&rsquo;id\u00e9ologie de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle avanc\u00e9e, 1964 (1968 pour la traduction fran\u00e7aise)<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>MARX Karl, \u00ab Th\u00e8ses sur Feuerbach \u00bb, in Karl MARX et Friedrich ENGELS, L\u2019Id\u00e9ologie allemande, Paris, \u00c9ditions sociales, 1968, pp. 31-32<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>NIETZSCHE Friedrich Wilhelm, Aurore &#8211; R\u00e9flexions sur les pr\u00e9jug\u00e9s moraux, 1881<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>NIETZSCHE Friedrich Wilhelm, Humain, trop humain. 1878<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>ORWELL George, 1984, 1949<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>ROSA Hartmut, Acc\u00e9l\u00e9ration. Une critique sociale du temps, version originale allemande 2004, traduction fran\u00e7aise 2010<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>SARTRE Jean-Paul, L\u2019\u00eatre et le n\u00e9ant, 1943<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>SCHUMPETER Joseph, Capitalisme, Socialisme et D\u00e9mocratie publi\u00e9 en anglais aux \u00c9tats-Unis en 1942, traduit en fran\u00e7ais en 1951<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>SENNET Richard, La culture du nouveau capitalisme, 2006<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>STRENGER Carlo, La Peur de l&rsquo;insignifiance nous rend fous : Une qu\u00eate de sens et de libert\u00e9 pour le XX\u00e8me si\u00e8cle, 2011<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>VERGARA Francisco, Bentham et Mill, \u00ab la qualit\u00e9 \u00bb des plaisirs. Revue d&rsquo;\u00e9tudes benthamiennes, 2011<\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul><li>WEBER Max, Sociologie du pouvoir &#8211; Les types de domination, 2007<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Table des mati\u00e8res<\/h2>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757024\"><strong>Fragmentation des identit\u00e9s sociales dans les organisations du sport<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757025\">Le sport et l\u2019individu hypermoderne<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757026\">1.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Avant-propos<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757027\">2.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 De la post modernit\u00e9 \u00e0 l\u2019hypermodernit\u00e9\u00a0: Les mutations<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757028\">Le progr\u00e8s pour tous n\u2019est pas au rendez-vous\u00a0!<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757029\">3.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un \u00e9gocentrisme social<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757030\">4.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019individu hypermoderne et le management<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757031\">5.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019individu hypermoderne et l\u2019entrepreneuriat<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757032\">6.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019individu hypermoderne et la communication<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757033\">Le sens des priorit\u00e9s est invers\u00e9\u00a0!<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757034\">7.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les illusions lib\u00e9rales et le pouvoir social<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757035\">8.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Critiques de l\u2019individu hypermoderne<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757036\">De qui a-t-on peur ?<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757037\">9.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Conclusio<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_Toc53757038\">10.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bibliographie \u2013 Ouvrages cit\u00e9s<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> De Gaulejac Vincent, \u00ab L&rsquo;injonction d&rsquo;\u00eatre sujet dans la soci\u00e9t\u00e9 hypermoderne : la psychanalyse et l&rsquo;id\u00e9ologie de la r\u00e9alisation de soi-m\u00eame \u00bb, Revue fran\u00e7aise de psychanalyse 4\/2011<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Castel Robert, L&rsquo;individu hypermoderne, 2006, La face cach\u00e9e de l&rsquo;individu hypermoderne : l&rsquo;individu par d\u00e9faut (pages 117 \u00e0 128)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Schumpeter Joseph, Capitalisme, Socialisme et D\u00e9mocratie publi\u00e9 en anglais aux \u00c9tats-Unis en 1942, traduit en fran\u00e7ais en 1951. L\u2019id\u00e9e s&rsquo;inspire de la pens\u00e9e du philosophe Friedrich Nietzsche (1844-1900) et de la formulation propos\u00e9e pour la premi\u00e8re fois par l\u2019\u00e9conomiste Werner Sombart (1863-1941). Bien qu&rsquo;\u00e9tant conservateur, Schumpeter tira une grande partie de sa compr\u00e9hension de la \u00ab destruction cr\u00e9atrice \u00bb des \u0153uvres de Karl Marx. (Source Wikip\u00e9dia)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Ferry Luc, L\u2019innovation destructrice 2014<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Les lois naturelles sont les \u00ab lois de la nature \u00bb, soient telles que des d\u00e9marches scientifiques (en particulier inspir\u00e9es par le principe de causalit\u00e9) s&rsquo;efforcent de les r\u00e9v\u00e9ler et d\u00e9crire, notamment dans leur r\u00e9gularit\u00e9 et universalit\u00e9, soient telles qu&rsquo;elles s&rsquo;imposent \u00e0 tout homme qui ne pourrait s&rsquo;y soustraire dans aucune de ses actions ou d\u00e9cisions, particuli\u00e8rement dans l&rsquo;ordre du politique. Il s&rsquo;agit ainsi d&rsquo;un concept de la philosophie politique bien que la notion de \u00ab loi de la nature \u00bb soit utilis\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie des sciences classiques, remise en cause au XXe si\u00e8cle. (Source&nbsp;: Wikip\u00e9dia)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Boltanski Luc, Chiapello Eve, Le nouvel esprit du capitalisme, 1999<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Lyotard Jean-Fran\u00e7ois, La Condition postmoderne&nbsp;: Rapport sur le savoir, 1979<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Lipovetsky G, Charles S. Les temps hypermodernes; 2004<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; [9] &nbsp;Guy Debord, La soci\u00e9t\u00e9 du spectacle, 1967<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Lyotard Jean-Fran\u00e7ois, L\u2019Inhumain, 1998<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> <a>Vergara Francisco, Bentham et Mill,&nbsp;\u00ab&nbsp;la qualit\u00e9 \u00bb des plaisirs. Revue d&rsquo;\u00e9tudes benthamiennes, 2011<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> <a>Rosa Hartmut, Acc\u00e9l\u00e9ration. Une critique sociale du temps, version originale allemande 2004, traduction fran\u00e7aise 2010<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> <a>Sartre Jean-Paul, L\u2019\u00eatre et le n\u00e9ant, 1943<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> Strenger Carlo, La Peur de l&rsquo;insignifiance nous rend fous : Une qu\u00eate de sens et de libert\u00e9 pour le XX\u00e8me si\u00e8cle, 2011<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> Marcuse Herbert, L\u2019homme unidimensionnel, Essai sur l&rsquo;id\u00e9ologie de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle avanc\u00e9e1, publi\u00e9 en anglais en 1964 aux \u00c9tats-Unis puis, traduit de l&rsquo;anglais par Monique Wittig et l&rsquo;auteur en fran\u00e7ais, en 1968 en France<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a> Castel, op.cit.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a> Arendt Hannah, La condition de l&rsquo;homme moderne, 1958<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\">[18]<\/a> Un accord gagnant-gagnant (Win-Win en anglais) est un accord par lequel chaque partenaire se pr\u00e9occupe aussi de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;autre, d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9galement favorable \u00e0 son propre int\u00e9r\u00eat. Il ne s&rsquo;agit pas de rechercher le meilleur compromis de partage des gains, mais de trouver un accord qui augmente les gains de chacun.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jeu gagnant-gagnant est con\u00e7u dans ses r\u00e8gles de telle fa\u00e7on que ce mode de pens\u00e9e soit favorable. Cette approche ne repose pas tant, alors, sur la philanthropie des partenaires, que sur un type de strat\u00e9gie adapt\u00e9 aux r\u00e8gles et \u00e9tudi\u00e9 notamment par la th\u00e9orie des jeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une n\u00e9gociation, une strat\u00e9gie gagnant-gagnant cherche une solution favorable \u00e0 tous les participants. (Source Wikip\u00e9dia)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\">[19]<\/a> De Gaulejac Vincent, \u00ab L&rsquo;id\u00e9ologie manag\u00e9riale comme perversion sociale \u00bb, in Perversions, \u00e9r\u00e8s, p. 189-206, 2006<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\">[20]<\/a> Orwell George, 1984, 1949<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\">[21]<\/a> Ellul Jacques, La parole humili\u00e9e, 1981.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\">[22]<\/a> De Tocqueville Alexis, De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Livre I 1835, Livre II 1840<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\">[23]<\/a> Weber Max, Sociologie du pouvoir &#8211; Les types de domination, 2007<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\">[24]<\/a> Gramsci Antonio. Cahiers de prisons, 1948<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\">[25]<\/a> <a>Marcuse Herbert. L\u2019homme unidimensionnel &#8211; <\/a>Essai sur l&rsquo;id\u00e9ologie de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle avanc\u00e9e, 1964 (1968 pour la traduction fran\u00e7aise)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref26\">[26]<\/a> Foucault Michel. Naissance de la biopolitique. Cours au Coll\u00e8ge de France 1978-1979, Paris, Gallimard, 2004.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref27\">[27]<\/a> Sennet Richard, La culture du nouveau capitalisme, 2006<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref28\">[28]<\/a> Foucault Michel, op.cit.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref29\">[29]<\/a> Foucault Michel, Surveiller et punir \u2013 Naissance de la prison, 1975<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref30\">[30]<\/a> Foucault, op. cit.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref31\">[31]<\/a> Foucault, op. cit.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref32\">[32]<\/a> <a>Nietzsche Friedrich Wilhelm, Aurore &#8211; R\u00e9flexions sur les pr\u00e9jug\u00e9s moraux, 1881<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref33\">[33]<\/a> <a>De Tocqueville Alexis, De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Livre I 1835, Livre II 1840<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref34\">[34]<\/a> &nbsp;Nietzsche, op. cit.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref35\">[35]<\/a> Fromm Erich, La Peur de la libert\u00e9, (titre original : Escape from Freedom, \u00e9galement connu sous le nom de The Fear of Freedom), 1941<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref36\">[36]<\/a> <a>Fromm Erich, Avoir ou \u00eatre : un choix dont d\u00e9pend l&rsquo;avenir de l&rsquo;homme, (\u00ab&nbsp;Titre original : To have or to be ?&nbsp;\u00bb1976), <\/a>1978<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref37\">[37]<\/a> <a>Nietzsche Friedrich Wilhelm, Humain, trop humain. 1878<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref38\">[38]<\/a> <a>Luk\u00e0cs Georg, Histoire et conscience de classe. Essais de dialectique marxiste, Paris, Les \u00c9ditions de Minuit, 1960, p. 65.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref39\">[39]<\/a> <a>Marx Karl, \u00ab Th\u00e8ses sur Feuerbach \u00bb, in Karl MARX et Friedrich ENGELS, L\u2019Id\u00e9ologie allemande, Paris, \u00c9ditions sociales, 1968, pp. 31-32.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le sport et l\u2019individu hypermoderne Sommaire Fragmentation des identit\u00e9s sociales dans les organisations du sport Le sport et l\u2019individu hypermoderne 1.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Avant-propos 2.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 De la post modernit\u00e9 \u00e0 l\u2019hypermodernit\u00e9\u00a0: Les mutations Le progr\u00e8s pour tous n\u2019est pas au rendez-vous\u00a0! 3.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un \u00e9gocentrisme social 4.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019individu hypermoderne et le management 5.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019individu hypermoderne et l\u2019entrepreneuriat 6.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sportagogie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/480"}],"collection":[{"href":"https:\/\/sportagogie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sportagogie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sportagogie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sportagogie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=480"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/sportagogie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/480\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":481,"href":"https:\/\/sportagogie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/480\/revisions\/481"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sportagogie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=480"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sportagogie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=480"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sportagogie.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=480"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}